Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 53.djvu/150

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celui-ci, de feutre noir, est coté 6 francs. Une paire de souliers de 12 francs me donne fort bonne idée de sa chaussure ; mais la plupart de ces objets font partie de la toilette du dimanche; une paire de sabots de 1 fr. 15 permet de ménager la chaussure. Une chemise dite fine est évaluée 5 francs; une cravate de soie noire (3 fr.) va nécessairement avec l’habit et le pantalon noirs. Je n’indique pas un à un le prix des vêtemens de travail ; on trouve dans ce rustique vestiaire deux vieux sarraux, deux gilets à manches, deux paires de sabots; une paire de chaussures plusieurs fois rapiécées; n’omettons pas cinq bonnets de coton, coiffure classique de ces travailleurs chez eux, comme cela se voit en Normandie, et le bon tablier de cuir pour le travail du chanvre. Le total de ces vêtemens journaliers est porté à 119 francs et celui des vêtemens du dimanche à 241. Toute cette partie du vestiaire se rapporte au chef de famille ; celui de la femme est évalué à 110 francs pour les vêtemens de tous les jours, à 85 pour ceux du dimanche ; on y voit même une robe de mérinos et une paire de gants. Les vêtemens de tous les jours ne sont évalués qu’à 63 francs pour les deux jeunes gens; ceux du dimanche le sont à 167, différence qui fait songer! Elle semble trahir les progrès de ce luxe de toilette, devenu en effet la grande préoccupation de l’ouvrière rurale et du jeune garçon lui-même. C’est là que vont les premières économies. La campagne imite les modes et le luxe de la ville de loin, mais de son mieux. On est d’accord pour proclamer ce qu’il y a d’excessif dans cette tendance. La plainte n’est pas nouvelle, mais elle s’est généralisée, accentuée bien davantage.

On a beaucoup vanté les perfectionnemens apportés au logement du travailleur agricole. En effet, nombre de maisonnettes habitées par les ouvriers ruraux, et de construction récente, sont aujourd’hui plus satisfaisantes comme hygiène. Les prix de location sont, en outre, assez modérés. Moyennant 50 ou 80 francs par an, le travailleur agricole trouve à louer une petite maison. Il peut se procurer une demeure assez logeable en mettant 100 francs, et si à ce prix il peut ajouter 30 ou 50 francs, il aura l’usage de trois ou quatre pièces, dont une seule offre quelque étendue, et la jouissance d’un petit jardin. Mais combien de ces maisonnettes sont basses, humides et manquent de place pour contenir la famille à l’aise et dans les conditions de décence nécessaires ! On a établi des cités ouvrières dans maintes localités, surtout dans celles où l’industrie se combine avec l’agriculture. On connaît les avantages hygiéniques et économiques de ces cités, on connaît aussi leurs inconvéniens moraux. Ces habitations ne sont pas sans utilité, lorsqu’elles constituent un perfectionnement marqué sur un état général misérable, et je suis loin de contester qu’elles fassent honneur à la philanthropie de leur