Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 54.djvu/300

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pour moi fort claire, à regarder par la fenêtre qui est à côté de mon lit, cherchant à deviner quel peut bien être l’aspect de la région nouvelle que nous traversons. Ce que j’entrevois augmente mes regrets. Ces gorges de la Sierra-Nevada me paraissent bien autrement pittoresques que celles des montagnes Rocheuses ; je vois passer comme des ombres des sapins qui détachent leur silhouette noire sur le ciel étoile, et il me semble aussi que, de temps à autre, j’aperçois l’écume blanchâtre de quelque cascade s’argentant sous les rayons de la lune. Je forme le projet de me tenir ainsi éveillé jusqu’à la pointe du jour, dans l’espérance qu’au moment du lever du soleil, nous arriverons à ce point culminant de la chaîne qu’on appelle Cape-Horn, d’où l’on voit se dérouler toute la plaine de Californie. Mais peu à peu la fatigue me gagne et je finis par m’endormir d’un profond sommeil. Lorsque je me réveille, il fait grand jour. Vite je regarde par la fenêtre. Hélas ! il y a longtemps que nous sommes sortis de la Sierra-Nevada et nous roulons d’une allure rapide à travers une plaine cultivée. Nous sommes retombés dans toute la platitude de l’agriculture. Cependant ce n’est pas sans plaisir que je retrouve des arbres et des cours d’eau. Autant que j’en puis juger, le pays doit être d’une fertilité extrême et apte à toute sorte de culture. Bientôt nous arrivons à Sacramento, grande gare tumultueuse avec un buffet, des marchands de journaux, des blacking boys qui vous offrent de cirer vos souliers, en un mot tous les raffinemens de la civilisation. Encore quelques-heures et nous arrivons au bord d’une vaste rivière ou plutôt d’un petit bras de mer qui est un des recoins de la baie de San-Francisco. On coupe notre train en deux. On le charge sur un immense bac à vapeur, qui le transporte de l’autre côté du bras de mer. Puis on le reforme et nous commençons à longer les bords de la baie. Enfin nous arrivons à Oakland, où le chemin de fer nous dépose au bord d’un autre bras, celui-là beaucoup plus large, de la baie. Nous nous embarquons à bord d’un grand bateau à vapeur. Nous contournons une petite île et le panorama de San-Francisco s’étale devant nos yeux.


SAN-FRANCISCO.

18-19 novembre.

Vue ainsi à distance, la ville de San-Francisco est très pittoresque. Elle s’élève en étages sur plusieurs collines de hauteur inégale, et comme elle est située sur une sorte de cap sablonneux, et que les eaux de la baie la contournent, elle est environnée d’une ceinture de mâts. Au loin des vaisseaux sont également à l’ancre, dessinant leur silhouette sur un ciel parfaitement pur, et une ceinture de