Page:Revue des Deux Mondes - 1883 - tome 58.djvu/115

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mes opinions politiques, qui n’ont, d’ailleurs, rien d’absolu, et je les garde ; j’ai des préférences, dont je ne me cache pas, pour une forme de gouvernement qui n’est pas actuellement celle qui nous régit, mais j’aurais honte, si, au cours de cette étude, j’avais laissé entamer la liberté de mes jugemens sur les choses et sur les hommes de l’Algérie par des considérations de cette nature. Que le gouverneur général soit civil ou militaire, il m’importe peu, mais je tiens l’unité dans la direction pour indispensable, quel que soit l’uniforme, et je veux que là où sera le pouvoir effectif, là aussi on rencontre une responsabilité efficace. Que le gouverneur général passe, à tort ou à raison, pour avoir les sympathies de telle ou telle fraction des partis qui nous divisent, je ne m’en soucie pas davantage. A mon sens, le gouvernement qui servira le mieux les intérêts de l’Algérie sera celui qui s’affranchira le plus complètement dans ses choix de la tendance, trop fréquente chez nous parmi les souverains du jour, de vouloir avant tout obliger leurs amis du premier degré.

Je crois, par exemple, que le général Cavaignac, un militaire et un républicain, aurait été un fort convenable gouverneur général de l’Algérie pour le gouvernement de 1830, et que la république de 1870 ne se serait point mal trouvée d’avoir choisi pour occuper cette situation M. de Chasseloup-Laubat, un civil, qui a fait un excellent ministre de la marine sous l’empire. Aux yeux de nos sujets musulmans, un militaire aura toujours plus de prestige à cause de l’épée qu’il porte à son côté, mais il y a plus d’une manière de conquérir le prestige. M. de Lesseps, si je puis parler des vivans après les morts, M. de Lesseps, si connu et si populaire dans tout l’Orient, si plein d’initiative hardie, qui monte à cheval comme un Arabe, qui parle leur langue et qui les a tant maniés, était un gouverneur tout désigné pour notre colonie algérienne. J’ai appris de sa propre bouche qu’il aurait accepté la position si elle lui avait été proposée, mais qu’on ne lui avait pas fait l’honneur de la lui offrir. Je m’arrête. Si Algérien que je sois, je n’en suis pas encore venu à vouloir imposer, que dis-je ? à indiquer aucun nom propre au gouvernement. Mon avis est, d’ailleurs, qu’il est désirable que les gouverneurs généraux de l’Algérie restent longtemps à leur poste. Je pense même qu’ils ne devraient pas être changés, non plus que les ministres de la guerre et de la marine, à chaque nouvelle évolution ministérielle, parce que la durée dans la fonction est pour eux une condition de succès. J’ai regretté l’amiral de Gueydon quand il est parti ; j’ai regretté après lui le général Chanzy ; je suis persuadé, n’en déplaise à ses détracteurs, que M. Albert Grévy valait mieux comme administrateur, au moment de son départ que le jour de son arrivée. Il est probable, si l’on venait à le remplacer, que je