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Maroc, le 17 murs.

Nous prenons notre dernier repas à Maroc ; demain, à la première heure, nous serons partis. Les charges de nos chameaux et de nos mules sont prêtes ; les caisses d’armes, d’étoffes, de tapis et de bibelots que nous emportons de la grande ville africaine où nous venons de passer dix jours sont arrimées sur les bâts ; nos montures sont ferrées à neuf ; la nouvelle escorte qui doit nous conduire campe à nos portes.

On vient nous prévenir qu’un kaïd est là qui, au nom du sultan, demande à nous parler. Nous allons à sa rencontre et nous recevons de lui les présens que Mouley-Hassan nous envoie en souvenir de notre mission : pour le premier secrétaire, un cheval et un sabre ; pour moi, un cheval. Ce sont deux bêtes splendides ; l’une gris pommelé, l’autre gris de fer, à longue crinière, les jarrets nerveux, l’encolure en gorge de pigeon, les pieds finement attachés.

Entre Azemour et Dar-al-Beïda, le 24 mars.

Nous avons refait toute la longue route qui sépare Maroc de la mer, campant aux mêmes endroits, puisque ce sont les seuls où l’on puisse trouver un peu d’eau, et maintenant nous remontons, par la voie de terre, les cent cinquante lieues de côte qui nous séparent encore de Tanger.

Le voyage cesse d’être monotone : de trois en trois jours environ, nous rencontrons une ville. C’est d’abord Azemour, avec ses vieux remparts qui dominent à pic un large fleuve, aux eaux profondes, ensablé à la barre de son estuaire, l’Oum-er-Rbia.

A Azemour, comme dans toutes les villes où il n’y a ni consuls ni comptoirs européens, le fanatisme est vivace ; et, aux injures que nous entendons sur notre passage à travers les rues, nous reconnaissons la sagesse du conseil qui nous a été donné de ne jamais sortir sans escorte. L’aspect général d’Azemour est le même que celui de toutes les villes de la côte. La misère y paraît cependant plus navrante que partout ailleurs. Près des portes de la ville, nous avons ramassé un enfant qui se mourait de faim, et voici que nous frôlons dans la rue une femme en haillons, à demi nue, dont tout le corps est couvert de pustules de variole et dont la tête, horriblement enflée, n’est qu’une plaie suppurante.

D’Azemour à Dar-al-Beïda, il y a deux jours de marche. Toute cette région, qui est aujourd’hui misérable et dévastée, fut autrefois l’une des plus florissantes du Maghreb. Les anciens géographes