Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 69.djvu/505

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considérables qui se sont passés sous mes yeux. A Naples, nous avions été très bien reçus, lors de notre premier passage, par M. de Blacas, qui avait les manières un peu froides, mais très accueillantes, d’un homme de l’ancienne cour. Il redoubla de politesses à notre retour de Sicile. Il parlait volontiers des affaires de Rome et du conclave qui durait encore, et donnait à entendre, comme je l’ai déjà dit plus haut, que M. de Chateaubriand n’y comprenait absolument rien et que c’était lui qui avait la clé de ce qui se passait entre les cardinaux. Je ne jurerais pas qu’il n’ait eu un peu raison. Ayant moi-même passé les années 1834-1835 comme second secrétaire d’ambassade à Rome, j’ai rapporté de la lecture des dépêches de M. de Chateaubriand et des conversations que j’y ai eues avec plus d’un membre du corps diplomatique et du sacré-collège, l’impression que le représentant de la France, en 1829, s’était fait de singulières illusions quand il s’était donné à Paris pour avoir fait élire, par son influence personnelle, le pontife Pie VIII. Dans les Mémoires d’outre-tombe, il l’appelle couramment et à plusieurs reprises mon pape, comme s’il l’avait désigné lui-même. Pie VIII a été tout simplement choisi, je crois, parce qu’une portion nombreuse du sacré-collège redoutait d’avoir affaire à un pontificat qui durât trop longtemps.

Quoi qu’il en soit, nous arrivâmes à Rome pour trouver la ville en fête. M. de Chateaubriand était en train de faire les préparatifs de la matinée qu’il allait donner à la grande-duchesse Hélène de Russie à la villa Médicis. Il s’agissait, entre autres divertissemens, de proverbes à jouer devant elle. Je savais qu’il y avait un rôle de jeune officier pour lequel on n’avait pas encore trouvé de sujet convenable. J’avais peur que M. de Chateaubriand ne m’en affublât, et j’eus soin de ne pas me présenter devant lui avant qu’il en eût disposé, disant assez impertinemment que les actrices ne seraient probablement pas assez jolies. J’eus grand tort, car ce fut Mlle Horace Vernet, depuis Mme Delaroche, qui m’aurait donné la réplique, et le rôle, dans le proverbe de Carmontelle, consistait, de la part du jeune officier, à obliger Mme Vernet, qui jouait la mère, à fermer ses yeux pour qu’il les mesurât galamment avec des cerises, tandis que, de l’autre main, il glissait un billet doux à sa fille. Ce fut, par ma très grande faute, M. de Sartiges qui hérita de ce rôle.

Pendant ce temps-là, M. de Chateaubriand, tout heureux du succès de sa fête, et tout fier de l’élection de « son pape, » n’en était pas moins assez agité. Il se demandait s’il profiterait d’un congé qu’il avait obtenu, ou s’il resterait paisiblement à Rome. Le cardinal de Latil, le cardinal de Clermont-Tonnerre et M. de Blacas, qui se rendait à Paris, se trouvaient tous à Rome en ce moment. Chose