Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 71.djvu/357

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Le 2 octobre de la même année, il revient sur le sujet : « Je possède une pièce fort curieuse, c’est l’épée de César Borgia, duc de Valentinois, fils du pape Alexandre VI, qu’il fit travailler exprès avec des emblèmes allusifs à sa future grandeur et à son ambition. Il est superflu de vous conter comment, par quels détours, cette épée est tombée dans mes mains. Je voulais en faire un présent lucratif au pape, et selon mon usage, l’accompagner d’une dissertation érudite pour en illustrer les emblèmes. Je pris la plume en main et je commençai mon récit : « César Borgia naquit… » Et j’en suis reste-là, car jamais, au grand jamais, il ne m’a été possible, dans ma bibliothèque et dans celle de tous mes amis de trouver en quelle année était né ce gaillard-là. »

Il est regrettable que l’abbé ait regardé comme superflu de nous dire l’origine de son arme, mais chacun sait que, de tout temps, les amateurs ont été discrets, les révélations n’étant pas toujours exemptes de danger pour la sécurité de leur possession. Au reçu de la première lettre de Galiani, Mme d’Épinay lança sur la piste de César un érudit alors estimé, Capperonnier, professeur de grec au Collège de France et membre de l’Académie des Inscriptions. Capperonnier ne fournit à son correspondant que des notes banales ; « ce qu’on trouve dans tous les mauvais livres et dans tous les mauvais dictionnaires, » écrit l’abbé impatienté. « Si l’époque de la naissance de César Borgia était une chose aisée à trouver ou à combiner, je n’aurais pas eu recours à Capperonnier. » En 1774 il revenait encore à la charge. « Pourquoi M. Capperonnier ne répond-il pas à ma question ? Y a-t-il un écrivain, imprimé ou manuscrit, qui marque l’aimée précise de la naissance de César Borgia ? Voilà la question. »

La réponse était facile ; manuscrit ou imprimé, personne alors ne connaissait le document que l’abbé demandait. En effet, ce n’est qu’en 1872 que L.-N. Cittadella, bibliothécaire de la commune de Ferrare, après avoir compulsé tous les papiers d’état des archives locales, tenta le premier essai de généalogie des Borgia. Ce premier effort n’aboutit pas encore à une connaissance exacte des dates-et celles que Cittadella a données ont trompé nombre d’écrivains ; mais au printemps de la même année 1872, l’auteur de l’Histoire de Rome au moyen âge ayant rencontré inopinément dans l’Archivio notarile du Capitole les protocoles de Camillo di Beneimbene, notaire de confiance du pape Alexandre VI, il lui fut donné d’y lire les actes de mariage de ses enfans et les nombreux contrats relatifs à Lucrèce et à ses frères ; c’est de ces diverses pièces qu’on put enfin déduire avec sécurité les dates authentiques.

Si Galiani mourut sans avoir la date de la naissance de ce « gaillard-là, » ce ne fut point faute cependant d’avoir fait des