Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/580

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


cachée par un capuchon, et tenant chacun un écusson, supportent la dalle sur laquelle est posée la statue.

Je n’oserais pas affirmer que l’école bourguignonne ait compté des recrues en dehors de la France. Mais l’école flamande, dont celle de Dijon n’était qu’une émanation, étendit directement son empire sur l’Allemagne, où nous trouvons pendant tout le XVe siècle les mêmes figures trapues, mouvementées, tourmentées et boursouflées, et d’ordinaire d’une extrême lourdeur. Vers la fin du siècle, notamment à Nuremberg, nous voyons enfin se produire une réaction par les efforts d’Adam Krafft, à qui succéda Pierre Vischer, qui eut l’honneur de faire triompher dans la statuaire allemande les principes de la renaissance.

Pour le choix des sujets, pour l’indépendance et la variété des idées, la sculpture France-flamande ne pouvait naturellement pas se comparer à celle de l’Italie : tout un domaine et des plus importans, — la mythologie et l’histoire antique, — était fermé pour elle ; à cet égard, il y eut presque recul et réaction. Le goût de l’antiquité était certainement plus développé à la fin du XIVe siècle qu’au milieu du XVe, nous le savons par l’exemple du duc de Berry, dont les collections remportaient, selon toute vraisemblance, sur celles des amateurs italiens contemporains les plus éclairés, et aussi par l’exemple de nos humanistes français, les Jean de Montreuil, les Nicolas de Clémenges, les Gerson, émules et amis des premiers champions de l’humanisme italien. Notons, pour ne pas sortir du domaine de l’art, l’emploi, vers 1400, sous la plume de Jean de Montreuil, de la comparaison, si banale plus tard, d’un sculpteur contemporain avec Lysippe et Praxitèle. — Il nous faudra aller jusqu’à l’expédition de Charles VIII en Italie, en 1494, pour retrouver dans notre pays de telles tendances, pour entendre à nouveau un tel langage.

Si l’on s’attache au style de nos vaillans maîtres de pierre, on constate les mêmes lacunes. Comme observateurs et comme interprètes de la réalité, ils sont au premier rang ; ils ont enfin découvert ce secret, inconnu au moyen âge, de fixer la physionomie de leurs contemporains par des traits d’une vérité et d’une énergie saisissantes. Aussi le portrait est-il leur triomphe ; mais ne leur demandez pas de s’élever au-dessus du modèle qui pose devant eux : ils ne sauraient concevoir ce personnage que dans le costume, tour à tour si pesant on si étriqué, du temps, avec ses préoccupations mesquines, embarrassé de ses mouvemens, sans liberté et sans flamme. Que si vous les sortez de la réalité, que si vous leur demandez de créer une figure idéale, une Vierge, un Christ, de personnifier