Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/915

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de la Tauride ; le bétail russe étant par mesure hygiénique interdit à notre frontière, les approvisionneurs font traverser à leurs troupeaux la frontière hongroise, y acquittent les droits et font sortir comme bétail hongrois ce bétail russe prohibé.

Seule la steppe russe, mais non toute la steppe, peut fournir à l’Europe occidentale quelques têtes de bétail : la Tauride, située entre la mer Caspienne et la mer d’Azof, est la seule région privilégiée de ce grand désert dont les 65,000 lieues carrées sont balayées de vents froids du Nord qui y entretiennent pendant l’hiver une température mortelle pour le bétail ; seulement, en Tauride, le climat est assez doux pour permettre au troupeau de paître toute l’année à l’air libre, abritée qu’elle est des vents du nord, ouverte, au contraire, à ceux de la Méditerranée. Les troupeaux y sont aussi nombreux que dans les plaines américaines, l’élevage s’y fait de la même manière, sans frais d’aucune sorte ; on cite des propriétaires qui possèdent jusqu’à 1 million de têtes ; la location de la terre n’y dépasse pas 0 fr. 25 l’hectare et les moutons s’y vendent 6 francs par tête. L’importation française y puise, chaque année, 1 million 1/2 de moutons payés à ce prix, dirigés sur la Hongrie et de là sur le marché de La Villette, où ils obtiennent les mêmes prix que les moutons indigènes : ce commerce est monopolisé par huit ou dix commissionnaires allemands et autrichiens.

Aucune autre région d’Europe ne peut, pour l’heure, contribuer à combler le déficit qu’accusent les statistiques et les mercuriales des marchés de France et d’Angleterre. En dehors de la Russie méridionale et de la Hongrie, les pays d’élevage jouissant de quelque célébrité sont la Roumanie, la Silésie, la Saxe, la Thuringe, le Mecklembourg, l’Italie et l’Espagne.

La Roumanie possède 4 millions d’hectares de terres incultes pouvant servir au parcours des troupeaux, et autant de pâturages ; mais son climat est loin de permettre à ses bergers l’insouciance que celui de la Tauride permet aux siens : ses pâturages sont exposés aux vents du nord, aux tourmentes de neige ; le bétail y est condamné l’hiver à la stabulation, causes qui suffisent à expliquer le nombre réduit de ses troupeaux : elle ne possède, en effet, que 3 millions de bêtes à cornes et 5 millions de moutons, quantités absolument insuffisantes à constituer un marché même dans un temps éloigné.

Dans les pays d’Allemagne que nous avons énumérés, malgré l’existence de grandes plaines où la population est moins dense qu’en France et en Angleterre, les éleveurs se sont vu disputer par les agriculteurs les terrains de pâture ; le prix de ceux-ci s’est élevé ; en même temps, le prix des laines était écrasé par les importations d’Australie et de la Plata : les éleveurs se sont appliqués,