Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/198

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L’éloge de sir Henry Sumner Maine n’est plus à faire. Ses remarquables travaux lui ont acquis, dans son pays, une autorité qui s’impose même à ses adversaires, et quoi qu’il dise, il est sûr d’être écouté. Tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la législation ont là ses livres et les ont médités avec fruit. Il a employé une rare sagacité à débrouiller le mystère des origines religieuses du droit, à nous faire connaître les ingénieuses actions, les ruses légales auxquelles les peuples antiques avaient recours pour modifier des institutions qui les gênaient, pour tromper leurs dieux sans les offenser, pour accommoder les vieux codes aux besoins nouveaux et concilier le respect de la tradition avec les changemens qui s’étaient accomplis dans leurs mœurs comme dans leur conscience. Sir Henry Maine n’est pas seulement un grand savant, un éminent professeur, il a siégé jadis dans le conseil exécutif de Calcutta, et il a été nommé depuis membre du conseil de l’Inde à Londres. Il joint la pratique des affaires à l’originalité des vues, à la supériorité de l’esprit. Il est de ces hommes qui excellent également dans deux métiers fort différens, et il s’est servi de ses expériences pour contrôler son érudition. Quand l’Académie des sciences morales et politiques lui offrit, en 1883, la succession d’Emerson, en l’appelant à prendre place parmi ses associés étrangers, elle s’honora par son choix et rendit hommage à une renommée qui avait depuis longtemps passé la Manche.