Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/241

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


pas moins significative, qui intéresse particulièrement les libéraux belges, qui se débat depuis quelques jours : c’est une question de conduite ou de tactique pour les libéraux dans leurs rapports avec les radicaux. Il va y avoir à Bruxelles une élection pour remplacer un membre de la chambre des représentans mort récemment ; il y aura peut-être d’ici à peu une seconde élection par suite de la démission ou de la déchéance d’un autre député compromis dans une aventure tragique. Les libéraux ont leur candidat, qui est le bourgmestre de Bruxelles, M. Büls ; les radicaux ont aussi leur candidat, M. Janson. Radicaux et libéraux feront-ils alliance dans les élections et dans le parlement ? C’est ici que la question devient intéressante. Le chef du parti libéral, M. Frère-Orban, il faut le dire, s’est déjà expliqué sans détour ; il a pris dans une des dernières séances du parlement une attitude aussi nette que résolue. Ce n’est point assurément qu’il ait désarmé devant ses adversaires, les conservateurs ; il a au contraire tout récemment saisi l’occasion de prononcer un de ses plus véhémens discours contre le cabinet et la majorité catholique ; mais il a eu même temps désavoué presque violemment, et dans tous les cas fort honorablement toute solidarité avec les radicaux. Il n’a point hésité à dire : « Il faut renoncer au thème de l’alliance des libéraux et des radicaux si l’on veut rester honnête, loyal et dans la vérité. » Il y a, il est vrai, ailleurs qu’en Belgique de grands tacticiens qui prétendront que M. Frère-Orban a été peu habile ou trop absolu, qu’il peut être utile à des ministères de se servir des alliances radicales pour réussir et pour vivre. M. Frère-Orban, suffisamment éclairé sans doute par les expériences françaises et un peu aussi par sa propre expérience, a eu le mérite de maintenir l’honneur, l’intégrité de son parti en répudiant hautement cet appui des radicaux dont il sent le danger, qui a peut-être fait sa faiblesse, il y a deux ans, aux derniers jours de son long ministère. Voilà qui est clair, et quelles que soient les opinions que professe M. Frère-Orban, il a certes donné un utile exemple en se défendant de confondre la cause du libéralisme belge avec la cause du radicalisme.

Ce ne sont pas, si l’on veut, les mêmes questions qui s’agitent en Hollande, ou du moins elles ne s’agitent pas dans les mêmes termes, sous les mêmes formes ; au fond, elles tiennent à cette lutte, engagée un peu partout, sur le caractère, sur la direction de l’enseignement populaire, et elles viennent de produire une crise ministérielle à La Haye. Le cabinet de M. Heemskerk, qui est depuis trois ans au pouvoir, a cru devoir donner sa démission à la suite d’un vote du parlement dans la discussion de la réforme de la constitution. Cette réforme, reprise successivement par plusieurs ministères, poursuivie laborieusement et toujours vainement depuis quelques années, vient