Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/62

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M. Louis était un excellent ministre des finances, sans être homme de tribune ; M. Portal, un homme éclairé, bon travailleur et de bon conseil. M. de Serre seul représentait le parti.

L’attaque contre le nouveau ministère s’engagea dès le début de la session. Ce fut à grand’peine que l’indispensable loi qui prorogeait pour six mois la perception de l’imposition foncière, vivement combattue par le côté droit dans la chambre des députés, passa dans la chambre des pairs ; ce fut à grand’peine que la proposition de décerner à M. de Richelieu une récompense nationale, assurément bien méritée, traversa les deux chambres sans amendement. Même résistance de la part du côté droit au projet de loi destiné à régulariser la date de l’année financière ; mais ce n’était là que le prélude de la grande attaque. Le 20 février, jour où la chambre des pairs était convoquée pour examiner le projet de loi sur l’année financière, on vit le vieux Barthélémy, l’ancien directeur fructidorisé, demander la parole et proposer de remettre sur le tapis la loi des élections.

On s’y attendait. Le côté droit de la chambre avait fait alliance avec le ministère récemment renversé ; nous étions sur ce terrain en grande et manifeste minorité. Aussi, malgré les efforts du ministère nouveau, il n’y eut point d’incertitude et presque point de discussion. J’étais inscrit, et des premiers, contre la proposition. Je ne pas obtenir la parole, et je fus réduit à faire imprimer mon discours, qui, je crois, n’était pas mauvais et contenait quelques éclaircissemens de bon aloi sur la nature et le jeu des institutions parlementaires. Même chose arriva et m’arriva au sujet de la loi dont on venait d’interrompre la discussion. Le 20 février, la proposition Barthélémy était adoptée à 94 voix contre 60 ; le 4 mars, la loi sur l’année financière était rejetée à 93 voix contre 64. La majorité, dévouée à l’ancien ministère, poursuivait triomphalement son hostilité contre le nouveau. Je regrettai de n’avoir pu me faire entendre. J’avais préparé un ordre d’argumentation qui, je pense, aurait fort embarrassé nos adversaires.

La guerre étant ainsi déclarée dans le sein de la chambre des pairs, et, par contre-coup, entre les deux chambres, force était bien d’y pourvoir. Le 5 mars, c’est-à-dire le lendemain du jour où fut rejetée la loi sur l’année financière, une importation, vulgairement dite une fournée de soixante et un pairs ; fut infligée à notre chambre. On y voyait figurer la plupart des débris du régime impérial, à l’exception du maréchal Soult, sur qui pesaient encore les souvenirs de 1815 et de Waterloo ; on y voyait figurer la plupart des généraux de l’armée de la Loire, les persécutés de 1815, Becker, Belliard et d’autres encore. Au second mois de notre ministère libéral, nous en étions aux coups d’état ; je dis aux coups d’état, bien que ce fût