Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/714

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proposant une loi qui n’est qu’une concession de plus aux passions réTolutionnaires, qui ne peut certes servir ni la république, ni la paix intérieure, ni la considération du gouvernement parmi les nations.

Qu’en sera-t-il maintenant de cette loi que M. le président du conseil s’est laissé arracher, qui est allée à une commission avec le digne cortège d’une autre motion de M. Basly demandant tout simplement la confiscation des propriétés des princes ? Elle sera votée ou elle ne sera pas votée, on votera l’expulsion, on ne votera pas la confiscation, peu importé : les plus habiles seraient bien embarrassés de dire comment cela finira. Le plus clair est que dans la voie où l’on entre, on ne sait pas où l’on va : les iniquités s’enchaînent, et l’histoire de ces derniers temps, de M. le président du conseil lui-même dans ses divers passages au pouvoir, prouve qu’on n’est jamais au bout des concessions, des capitulations. Ce qui se passe aujourd’hui, ce qu’on propose, ce n’est pas seulement un attentat de parti contre la liberté des personnes, un essai de répression pour raison d’état, un retour sans motif et sans excuse à des mesures d’exception, après quinze années pendant lesquelles ces princes qu’on veut bannir ont été les Français les plus soumis aux lois, les plus réservés et les plus discrets ; c’est le signe le plus frappant des déviations successives et redoutables d’une république qui, après avoir été modérée, constitutionnelle, opportuniste, est tout près aujourd’hui de n’être plus qu’une république radicale, révolutionnaire et tyranniquement exclusive. C’est l’introduction préméditée et systématique de la violence dans les affaires de la France. Cette politique, dont les lois d’exil sont la plus récente expression, — les esprits extrêmes qui la soutiennent le savent bien, — ne peut avoir d’autre résultat que de livrer de plus en plus le gouvernement du pays aux passions de secte, en rendant de plus en plus irréparable la rupture avec les opinions modérées, en ajoutant aux divisions, aux dissensions intestines, aux animosités des partis. C’est ainsi qu’on travaille à la paix publique, — et si ces tristes projets pour lesquels on oublie tous les intérêts du pays ont cette malfaisante signification dans notre politique intérieure, ils viennent, il faut l’avouer, singulièrement à propos dans nos affaires extérieures, dans nos relations. Ils sont un exemple de plus du décousu, des contradictions, de l’inconsistance que les passions de parti mettent dans notre diplomatie, dans nos rapports avec les nations du monde. C’est même un incident presque comique de cette triste affaire.

Assurément, si quelque chose peut prouver à quel point notre gouvernement est le jouet des partis et subit tout, au risque de se créer les pins étranges embarras, c’est bien ce qui se passe justement à l’occasion de ce mariage de la princesse Amélie d’Orléans avec le duc de Bragance. Qu’est-il arrivé, en effet ? C’est positivement fabuleux ! Le roi dom Luiz de Portugal, en bon ami de la France, s’est fait un