Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/953

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


libérale, tolérante, ouverte à tout le monde, on renoue la tradition de fructidor, comme l’a dit M. Albert de Mun dans un discours d’une sérieuse et pathétique éloquence. Et quel profit espère-t-on tirer de cette politique ? Ne voit-on pas que tout ce qu’on a fait ne sert et ne peut servir qu’à accentuer, pour ainsi dire, la position de M. le comte de Paris devant la France, à le désigner au pays par une persécution imméritée, à émouvoir l’opinion ? Ne s’aperçoit-on pas, d’un autre côté, que par ce triste système on risque de placer la France dans la situation la plus délicate vis-à-vis de toutes les puissances du monde, qui ne peuvent voir dans de tels actes qu’un signe d’instabilité, une menace de violences nouvelles ou un sentiment de crainte et de faiblesse ? Voilà tout ce qu’on gagne à s’engager dans des voies où l’on cède pour vivre, pour un reste de pouvoir, à des entraînemens sans noblesse et sans sincérité ! M. le président du conseil a cru peut-être se tirer d’embarras et se donner une apparence de force. À entendre ses discours, il se serait flatté de prouver que la république sait se faire respecter et ne veut pas paraître contestée ; il aurait eu l’intention de dissiper tous les doutes, au dedans et au dehors, sur la solidité des institutions présentes de la France, de mettre fin à ce qu’il appelle un mal chronique de déconsidération pour la république. M. le président du conseil se Latte de bien des choses ; il n’a fait en réalité que compliquer la situation, semer des irritations nouvelles, se donner l’air de braver ce mouvement d’opinion du 4 octobre dont il a parlé, qui n’avait pas précisément pour objet des expulsions et des proscriptions. Parce qu’on aura banni une famille de princes, croit-on qu’on aura supprimé les difficultés qui se pressent de toutes parts, qu’on s’est créées, et en sera-t-on plus avancé ? Est-ce que toutes ces crises de finances, d’industrie, qui sont nées d’une fausse direction des affaires publiques ont perdu tout à coup de leur vivacité et de leur intensité ? Est-ce que ces guerres religieuses qu’on a allumées gratuitement, sans raison, sans prévoyance, cessent d’être un péril pour la paix morale du pays ? Est-ce que ceux-là mêmes à qui M. le président du conseil vient de donner de tristes gages par ses faiblesses n’en sont pas déjà à lui demander des épurations nouvelles et ne supprimaient pas lestement il y a quelques jours, dans une commission, le budget des cultes ? Ces difficultés, elles sont aujourd’hui ce qu’elles étaient hier ; elles ne sont point assurément simplifiées, elles ne sont qu’aggravées par ce système de concessions qu’on ne cesse de pratiquer, et ce n’est pas parce que M. le comte de Paris aura passé la frontière que la république se trouvera tout à coup plus libre, plus respectée, plus dégagée des périls que les républicains eux-mêmes lui créent.

Ce qu’il y a de plus curieux au milieu de ces violences et de ces confusions accumulées à plaisir, c’est que des hommes de ces partis qui ne sont étrangers à aucun des égaremens de la politique du jour