Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/612

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cesse de lui dire qu’il est fini, et, comme Galilée devant ses adversaires niant le mouvement, il s’est contenté de marcher. Il a trouvé de l’argent pour tout, même pour les prodigalités, il a fait face à tout, aux menaces du dehors et aux complications du dedans, et sa vitalité puissante s’est affirmée plus vigoureuse, plus intense qu’en aucun temps de son histoire. Il a toujours pour lui la souple articulation de ses côtes et la fertilité de son sol, la flore et la faune des zones tempérées et de la zone méditerranéenne, ses plaines qui ne le cèdent en rendement qu’aux terres noires de la Russie et aux alluvions du Danube, ses voies multiples de communications. Il a pour lui les forces productives de la nature, lesquelles, mises en valeur par l’homme, créent la richesse.

Elle est, en France, moins inégalement répartie qu’ailleurs ; l’aisance moyenne y est plus répandue, en revanche elle s’accroît moins rapidement, disséminée en plus de mains. Aussi la production de la richesse ne suit-elle pas, comme nous l’avons dit plus haut, la même progression que la consommation individuelle. Partout où ce défaut d’équilibre se produit, la population tend à devenir stationnaire, mais aussi le bien-être général s’accroît, et avec lui s’élève le niveau intellectuel. Si, comme l’affirment les naturalistes, les espèces animales inférieures se reproduisent d’autant plus rapidement qu’elles ont plus de peine à vivre, opposant ainsi, en vue de leur durée, le nombre aux difficultés de l’existence, alors que les espèces supérieures n’ont qu’une puissance de multiplication restreinte, il semble en être de même de l’espèce humaine, dont la vertu prolifique s’intensifie dans les régions de l’Inde et de la Chine les plus exposées aux famines et aux maladies épidémiques, en Europe dans les régions les plus pauvres, en France dans les départemens peu favorisés où la consommation est moindre.

Qu’il y ait corrélation entre ces facteurs, qu’aux progrès intellectuels corresponde une natalité moindre, cela ne paraît pas douteux. A un degré inférieur de culture intellectuelle la natalité s’accroît, de même qu’à un degré supérieur elle décroît ; les deux termes extrêmes entre lesquels elle oscille ne sont pas encore déterminés par des observations assez étendues, mais ce qui est hors de doute, c’est qu’à un ralentissement de la natalité résultant d’une consommation accrue, ou, en d’autres termes, d’un bien-être plus général, corresponde un développement intellectuel supérieur. Le nombre cesse d’augmenter, mais la capacité moyenne augmente ; or, plus que le nombre, cette dernière contribue à la grandeur et à la prospérité d’un État ; elle est, au nombre, ce que l’esprit est à la matière, ce que l’élite est à la foule, elle la guide, et que la foule le veuille ou non, la gouverne.

C’est à cet autre facteur qu’il appartient de combler, non le vide