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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 novembre.

En finira-t-on avant qu’il soit longtemps avec le budget, avec ce défilé de millions demandés au pays pour son service et bon gré mal gré, en dépit de toutes les disputes, nécessairement accordés d’avance ?

Depuis que les débats sont ouverts et que l’œuvre est commencée, on se hâte lentement au Palais-Bourbon. On était d’abord bien parti avec une apparence de bonne volonté, avec l’intention presque avouée de ne pas s’attarder dans des discussions inutiles ; on s’est bientôt remis à perdre le temps. On improvise propositions et amendemens, on recommence d’année en année les mêmes discours, les mêmes dissertations sur l’élevage des chevaux ou sur le régime pénitentiaire, sur les subventions des Beaux-Arts, sur l’enseignement spécial ou professionnel, sur les humanités classiques et les humanités modernes. Au besoin, pour se distraire, on a le plaisir savoureux de donner la chasse à quelques moines pour un permis de chemin de fer, — ou l’honnête satisfaction de faire l’économie de quelques milliers de francs sur un budget de 3 milliards. C’est ce qui s’appelle veiller sur la fortune publique, — et, tout bien compté, les jours passent sans qu’on en voie la fin. On est déjà au premier jour du dernier mois de l’année et on achève à peine d’expédier les dépenses. Restent maintenant les recettes, et l’emprunt réservé jusqu’à la dernière heure, et les impôts nouveaux qui peuvent être vivement disputés. C’est bien pour le moins l’affaire de quelques jours. Puis tout passera au sénat, qui en sera réduit encore à se résigner en murmurant, à tout voter à la hâte, — d’autant plus que nombre de sénateurs seront pressés de partir pour aller se faire réélire, s’ils le peuvent, le 4 janvier. Le sénat expie les lenteurs de l’autre chambre, sa rivale, qui, à la vérité, parle pour deux.