Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/380

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pendant que les Anglais s’établiraient dans le sud. » Ces courtes citations démontrent que le gouvernement n’a rien caché à l’assemblée, quoi qu’on ait dit. Il lui posait clairement la question qu’elle avait à résoudre. Il lui demandait, sans aucun déguisement, les ressources nécessaires avec la libre disposition de forces suffisantes, pour assurer la défense du canal, simultanément avec l’Angleterre, limitant strictement son concours à cette opération. Œuvre française entreprise et achevée avec des capitaux français en dépit de la constante opposition du gouvernement anglais, l’ouverture de l’isthme, après avoir passionné l’opinion publique, était restée populaire ; en cette année 1S82, elle promettait déjà une large rémunération des sacrifices que les souscripteurs français s’étaient imposés. En l’abritant sous le pavillon national, le gouvernement pensait certainement que sa résolution répondait au sentiment du pays ainsi qu’à celui de la chambre ; il considérait, d’autre part, que la présence de nos troupes sur le sol égyptien, en si petit nombre que ce fût, garantirait nos intérêts politiques aussi bien que les intérêts particuliers de nos nationaux dans la vallée du Nil. Il était clair en ce moment que l’Angleterre, poursuivant énergiquement sa tâche, serait, avant peu, en possession de l’Egypte, et on voulait sans doute prendre position auprès d’elle, continuant ainsi l’entente et l’union des deux pays, afin de posséder un titre, d’avoir qualité pour participer au règlement de toute chose, le jour où l’ordre serait rétabli au Caire. Le cabinet pensait, en somme, croyons-nous, qu’il satisferait ainsi à ces nécessités diverses sans imposer à la France de lourds sacrifices, sans nuire à la reconstitution de nos forces militaires, et que, dans ces conditions, les représentans du pays accueilleraient favorablement sa proposition. Cette fois encore, il se méprenait. Le sentiment public était inquiet ; l’attitude commandée à notre escadre devant Alexandrie, pendant que la marine anglaise s’en emparait, l’avait blessé ; les incertitudes et les contradictions de notre diplomatie, avant et depuis l’ouverture de la conférence, avaient éveillé ses défiances. La majorité de la chambre partageait ces dispositions. Elles se manifestèrent dès la première rencontre. Après avoir entendu le président du conseil et le ministre de la marine, la commission chargée de rapporter le projet de loi proposa à l’assemblée de le repousser. Partagée sur la question de savoir si la France devait s’abstenir ou prendre une part active à la pacification de l’Egypte, elle fut unanime pour condamner la proposition du cabinet ; insuffisante pour les uns, la demande de crédits fut jugée téméraire et inconsidérée par les autres ; c’était l’opinion de la majorité de la chambre, et l’accueil qu’elle fit aux conclusions du rapport laissait pressentir l’issue du débat. Il s’engagea dans la séance