Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/381

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


du 29 juillet ; M. de Freycinet fit tête à l’orage ; il monta à la tribune et dans un langage plus sincère que ferme il exposa, avec une entière franchise, comment le gouvernement avait été conduit à prendre le parti qu’il soumettait à l’appréciation de l’assemblée, dans quelle mesure et pour quel objet il avait résolu de se joindre à l’Angleterre dans l’opération concertée entre les deux cabinets. Après avoir reconnu que l’intervention en Egypte, sans limite, sans mandat de l’Europe, impliquait le devoir, avec la responsabilité qui en découlait, de résoudre des questions d’un intérêt général, et l’éventualité, par conséquent, d’un dissentiment, sinon d’un conflit, avec d’autres puissances, après avoir fait ressortir la nécessité où se trouvait la France de s’abstenir de toute entreprise complexe et lointaine, où elle devrait employer des forces considérables au détriment de sa propre sécurité, le président du conseil s’appliqua à démontrer que l’occupation du canal n’exposait le pays à aucune compromission de cette nature et n’en exigeait aucun effort nuisible à sa défense, qu’elle avait en outre l’avantage de resserrer l’union avec l’Angleterre, également désirée par tous les partis en France. Sur l’insistance de M. de Marcère, qui, sans dissimuler ses inquiétudes et ses défiances, revendiquait, pour la chambre, le droit d’être clairement fixée sur la nature et l’étendue de l’engagement contracté avec le cabinet de Londres, M. de Freycinet remonta à la tribune et donna lecture des documens qui en définissaient le caractère ; il marqua ainsi la limite exacte dans laquelle notre participation se trouverait renfermée et dont l’objet unique était la défense du canal dans toutes les éventualités.

Mais il était survenu, à ce moment même, un nouvel incident diplomatique ; la Turquie, comme nous l’avons dit, avait, le 19 juillet, notifié aux plénipotentiaires son adhésion à la conférence, et, par une note du 27, elle leur avait communiqué l’intention du sultan d’intervenir en Egypte, conformément au vœu des puissances. Aux troupes anglaises qui se préparaient à marcher sur Le Caire devaient donc se joindre celles de la Porte, pendant que la France se bornerait, de concert avec l’Angleterre, à occuper le canal. M. de Freycinet dut édifier la chambre sur cette évolution de la Turquie ; il s’en était expliqué avec le cabinet de Londres, et il avait été reconnu qu’elle ne modifiait sur aucun point, assura-t-il, l’accord et les décisions des deux gouvernemens. Ces éclaircissemens avaient un mérite : celui de mettre en pleine lumière tous les côtés de la question soumise à l’examen de l’assemblée, de tracer le rôle de chaque puissance intervenante, de délimiter fidèlement celui que le cabinet français avait cru devoir assumer. Ce rôle fut désavoué par tous les orateurs qui se succédèrent à la tribune. M. Clemenceau intervint le dernier, et d’une parole impitoyable il signala tous