Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/669

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très court, se prêtait mieux qu’aucun autre à l’exercice auquel M. Lautner a soumis, à ce propos, les photographies d’après Rembrandt qu’il avait sous la main. Le B, initiale de Bol, a de plus l’avantage de ressembler à l’R, initiale de Rembrandt, et ce B étant trouvé, les deux autres lettres répondent ensuite facilement à son appel. Aussi, en cherchant bien, a-t-il découvert des quantités innombrables de ces signatures ; il en a, nous dit-il, des milliers en réserve. Bien entendu, ce sont des photographies sans retouche qui les lui ont fournies. Mais quant aux photographies qu’il en donne lui-même, il avoue ingénument qu’elles sont le résultat d’un travail dont, sans nous divulguer le secret, il se proclame l’inventeur. L’opération paraît des plus simples : les prétendues signatures de Bol étant découvertes, il s’agit de les mettre en évidence, de les isoler, de les dégager de tout ce qui empêche une personne non prévenue de les lire nettement. M. Lautner débarrasse de tout ce qui ne fait pas : Bol les linéamens informes qu’il a recueillis et… le tour est joué. Emporté par son ardeur, il ne s’aperçoit pas, dans les fac-similés qu’il nous donne, de la diversité assez peu concluante de ces signatures qui non-seulement diffèrent entre elles, mais qui diffèrent surtout des signatures habituelles, je veux dire authentiques, de Bol, et nous présentent même quelques B majuscules empruntés à l’alphabet allemand, sans doute pour complaire à l’inventeur du système.

On le voit, le jeu est facile et peut au besoin devenir une ressource pour les jours de pluie à la campagne. Il rappelle en tout cas cet autre passe-temps que Léonard de Vinci recommandait aux peintres et qui consiste à chercher dans les veines du marbre les figures diverses, qu’en aidant un peu à la réalité, ils peuvent y découvrir et y tracer, figures qui, si l’opérateur a quelque talent, sont parfois d’une fantaisie et d’un charme tout à fait piquans. Tel est le procédé qu’avec son inconsciente audace M. Lautner nous présente comme scientifique, comme devant renouveler la critique d’art qui, grâce à lui, va se trouver bien simplifiée. Voir les tableaux n’est même plus nécessaire, et, de fait, n’étant guère sorti de Breslau, il n’en a pas beaucoup vu lui-même, pas plus ceux de Bol que ceux de Rembrandt. Avec ses photographies sous les yeux et les signatures qu’il leur a extorquées, il apprécie et décide. Quant aux documens, l’emploi qu’il en fait n’est pas moins judicieux. Tous ceux qui peuvent se prêter à sa thèse, même en les violentant un peu, reçoivent l’interprétation qui convient ; tous les autres sont écartés : ils ont été certainement falsifiés. L’attribution d’un tableau à Rembrandt peut avoir en sa faveur non-seulement l’unanimité de tous ceux qui ont appris à connaître la