Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/838

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étrangers ; mais l’essentiel était que ce sol fût fécondé, que cette littérature naquît, qu’elle fût riche en œuvres et que ces œuvres fussent belles. Triste originalité que celle qui consiste à demeurer stérile, à ne rien réaliser de complet et de durable, à ne présenter que le contraire de la beauté et de la force. Si, à l’action de l’antiquité, pour faire naître une littérature dans notre pays, s’est jointe celle de l’Italie et de l’Espagne, c’est que ces deux pays nous avaient précédés dans le renouveau littéraire et qu’il fallait nous mettre à leur école pour apprendre ce qu’ils savaient avant nous, les égaler d’abord, les dépasser ensuite. Car, tel a été le résultat : nous avons fini par ajouter aux œuvres antiques, modèles des nôtres, des œuvres qui les valaient ; élèves des Italiens et des Espagnols, nous sommes bientôt devenus leurs maîtres et ceux de l’Europe. Enfin, la littérature sortie de cette triple imitation est pleinement originale ; elle réalise une conception de la beauté littéraire qui n’existait pas avant elle ; si elle était supprimée, l’esprit humain perdrait quelques-uns de ses plus nobles titres. Et l’on veut que son avènement laisse place à quelque regret ; on lui oppose le bavardage enfantin ou sénile du moyen âge ; on demande pour celui-ci tantôt la préférence et tantôt l’égalité, tout au moins beaucoup de place et d’attention. Il y a là une erreur et qui ne saurait durer.


IV

Voyons, enfin, ce que le moyen âge avait trouvé comme formes comiques et si la littérature classique en a retenu quelque chose.

Ces formes se ramènent à trois principales : la moralité, la farce et la sotie. La moralité est, comme son nom l’indique, une pièce à intention morale ou didactique qui met en scène des abstractions personnifiées représentant des vices, des vertus, des caractères et des conditions sociales. La farce ne se propose que d’exciter le rire par une satire joyeuse, encadrée dans une anecdote dialoguée, une actualité, un fait scandaleux. La sotie est une farce jouée par une confrérie de sots, c’est-à-dire de bouffons organisés en société et s’amusant à traduire l’idée de la sottise universelle avec une hiérarchie, des emplois et des costumes traditionnels. A ces trois genres principaux se rattachent d’assez nombreuses variétés dont les principales sont le sermon joyeux, parodie des prédications d’église, et le monologue, genre très ancien et très fécond, qui a reparu dans ces dernières années et dont chacun de MM. Coquelin