Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/912

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bête malade sera pendu. Chaque année, le roi prenait de nouvelles mesures, et, ne sachant plus que faire, il priait tout le monde par affiches de lui donner des conseils.

Frédéric-Guillaume savait que, tant vaut l’ouvrier, tant vaut l’œuvre. Ce despote s’élevait par le sentiment d’un intérêt bien entendu jusqu’à comprendre la dignité de l’homme. Il protège les paysans contre leurs seigneurs, qui les traitaient comme des bêtes. Il supprime les corvées et les redevances abusives, et défend contre l’usurpation des féodaux l’héritage des pauvres. Chez lui, dans ses domaines, il abolit le servage : « Sa Majesté a considéré que c’est une noble chose que les sujets se glorifient d’être, au lieu de serfs, des hommes libres. Ils jouissent bien mieux de ce qu’ils ont. Ils font leur travail et métier avec d’autant plus de zèle qu’ils travaillent pour eux et qu’ils sont plus sûrs de posséder leur champ et propriété, pour eux et pour les leurs, dans le présent et dans l’avenir. »

Comme le servage, la barbarie est improductive ; comme la liberté, l’église et l’école sont fécondes. Frédéric-Guillaume, l’année même de son avènement, avait pris des dispositions pour rendre l’enseignement obligatoire dans ses États. Quatre ans après, il édictait l’obligation, attendu que les parens négligent d’envoyer leurs enfans à l’école, et qu’à cause de cela « la pauvre jeunesse demeure ignorante de la lecture, de l’écriture et du calcul aussi bien que des choses hautement nécessaires à son salut. » Mais comment appliquer la loi en Prusse ? Il n’y restait que très peu d’écoles, et dans un état pitoyable ; aussi rares étaient les églises et les pasteurs : la plupart des sujets du roi étaient obligés de faire de longs voyages pour entendre un prêche. Frédéric-Guillaume demande aux universités de Halle et de Kœnigsberg de lui fournir des maîtres et des ministres de l’évangile, qui sachent la langue lithuanienne, pour être entendus par leurs élèves et leurs ouailles. Il donne pour les constructions le terrain, les matériaux, le charroi, et de l’argent. Il presse de ses ordres répétés les administrations, et s’irrite de leurs lenteurs : « Vous voulez donc maintenir ce pauvre pays dans la barbarie ? Mais si je cultive et améliore le pays et que je n’y fasse pas de chrétiens, toute mon œuvre est inutile ! »

Œuvre chrétienne, œuvre allemande en même temps. C’est d’Allemagne qu’il fait venir les hommes, d’Allemagne les instrumens et les méthodes de travail. Les champs devront être labourés, « sans exception par des charrues allemandes, absolute mit teutschen Pflügen. » Ils devront être ensemencés avec de la « semence allemande. » Dans chaque ferme, il veut un maître allemand, et deux principaux valets allemands. Les jardins doivent être établis