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ils écoutaient les parties, et tâchaient de terminer à l’amiable les litiges que l’on soumettait à leur arbitrage.

La nature ne s’est pas partout chargée de pourvoir à l’écoulement de ces eaux captives, ne laissant que la charge de l’entretien au compte de l’homme. Si celui-ci n’était intervenu, le lac Copaïs aurait couvert la meilleure partie de la Béotie. Pour qu’il leur laissât les terres dont ils avaient besoin, les habitans de cette contrée ont dû, de bonne heure, veiller à l’entretien des émissaires naturels qui en versaient les eaux dans l’Euripe. Alexandre fit entreprendre le creusement d’un canal souterrain qui devait suppléer à l’insuffisance de ces conduits trop souvent obstrués. Le travail ne paraît pas avoir été achevé ; mais, de nos jours, l’industrie moderne, avec l’outillage perfectionné dont elle dispose, a ouvert à ces eaux un nouveau chemin, par où, livrant ainsi à la culture de plus vastes espaces, elles se jettent en plus grande quantité dans la mer.

Là même où les eaux n’étaient pas emprisonnées par une barrière de rocs, l’homme était encore forcé d’intervenir en diverses façons, pour les contenir ou les diriger. C’étaient des fleuves qu’il fallait endiguer, là où leurs débordemens étaient une menace pour des campagnes fertiles ; c’étaient des marécages qui se formaient le long de la mer, derrière les cordons de sable et de galets créés par l’apport des torrens. Les fourrés de joncs et de roseaux repoussaient devant eux les épis, et il en sortait des miasmes paludéens, qui semaient la mort dans les villages d’alentour ; aussi la tradition attribuait-elle aux héros fils des dieux l’honneur d’avoir ouvert un libre cours à ces eaux stagnantes et d’avoir éteint ces foyers de peste et de fièvre. Lorsqu’on racontait qu’Hercule avait tué l’Hydre de Lerne, on voulait dire, et les anciens n’avaient pas perdu le sens du mythe, qu’il avait desséché le marais qui empoisonnait toute l’Argolide. Hercule représente là les vaillans colons qui ont accompli cette tâche, où plus d’un sans doute a péri, avant le succès final. Ce qui ne contribue pas moins à fortifier la race, ce sont les variations subites du milieu, l’opposition si tranchée entre le climat de l’intérieur et celui du littoral, ou, pour un même district, entre la température des différentes saisons. Beaucoup d’enfans succombent ; la mortalité du premier âge est représentée, aujourd’hui, en Grèce, par un chiffre proportionnel très élevé ; il en était certainement de même dans l’antiquité. Les corps qui ont su se plier et s’adapter à ces contrastes acquièrent à ce jeu une résistance et une élasticité singulières. A cet humide et tiède vent du sud qui énerve les plus vaillans, succède tout d’un coup la bise, souvent