Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 109.djvu/564

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Dans le bassin même de la Méditerranée, bien peu de pays rivalisent, par la pureté presque constante de leur ciel et la splendeur de son azur, avec la péninsule hellénique. Le vent chaud du désert ne vient pas ici, comme en Egypte, vous envelopper, pendant bien des jours de suite, d’une atmosphère blanchâtre et terne que ne percent les rayons d’aucun astre et qui dérobe au regard tous les objets éloignés ; lorsqu’il arrive en Grèce, il s’est débarrassé, en passant sur la mer, de presque tout le sable qu’il tenait en suspension. Les pluies d’automne et de printemps durent beaucoup moins longtemps ici, surtout sur les côtes orientales, qu’en Tunisie et en Algérie. On ne compte guère, à Athènes, plus de trois jours par an où le soleil reste complètement voilé, où on ne l’aperçoive, ne fût-ce que quelques instans, entre deux nuages.

La merveilleuse transparence de l’air encourage la vue à sonder les profondeurs de l’horizon ; elle lui donne une portée et une finesse que ce sens ne saurait atteindre là où tous les contours sont baignés de vapeurs qui rebutent sa curiosité. L’œil s’exerce et s’habitue ainsi à étudier de loin les formes, à les comparer et à les mesurer ; il acquiert à ce jeu la justesse de la perception et le vif sentiment du rapport exact des différentes parties d’un ensemble, qualités qui, le jour où elles s’appliqueront à l’interprétation et à la reproduction de la forme vivante, contribueront à faire des Grecs les premiers artistes du monde. Ceux-ci, sans le savoir, s’inspireront d’ailleurs aussi, dans leur plastique, du caractère des paysages que rend visibles à distance et que permet de détailler cette clarté radieuse répandue dans l’espace. Ces paysages sont quelquefois, par exception, aimables et charmans, là où se creuse et s’emplit de verdure un vallon bien arrosé, là où, dans une crique très abritée, des feuillages élégans viennent se pencher jusque sur la grève ; mais, dans les sites mêmes d’où est absente la grâce de la végétation, ils gardent toujours de la noblesse et de la grandeur. Sans doute les premiers plans sont parfois tristes ; les arbres font souvent défaut ; il est plus d’un lieu, en Grèce, où l’on n’a devant soi, à proximité, que de maigres broussailles ou la morne étendue d’une terre calcinée et caillouteuse ; mais ce qui est toujours admirable, dans le décor, c’est la toile de fond. Derrière les montagnes voisines, on en découvre d’autres, puis d’autres encore, soit au-delà des golfes ou des bras de mer que l’on a sous les yeux en un point quelconque du littoral, soit même, dans l’intérieur, par l’échancrure des cols qui donnent accès à la plaine ; si l’on a gravi un sommet de quelque élévation, le nombre des chaînes que l’on distingue tout à l’entour est bien plus considérable encore. Aucune de celles-ci ne présente des contours arrondis et mous comme en ont les montagnes qui sont gazonnées ou