Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 109.djvu/565

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boisées jusqu’en haut, les Vosges par exemple ; la roche calcaire étant ici partout à nu, on ne voit que longues crêtes d’un ferme dessin, pics aigus et cimes dentelées, à vives arêtes. Les lignes de cette architecture terrestre sont en général si belles et si harmonieuses, que l’on serait tenté de les croire tracées par le crayon d’un Ictinos ou d’un Mnésiclès. Ici, la disposition des massifs qui se font pendant, d’un côté de la plaine à l’autre, est presque symétrique ; là, au contraire, il y a des différences et des contrastes qui ne produisent pas un effet moins heureux. C’est le cas de la plaine d’Athènes. Celle-ci s’ouvre, au sud-ouest, sur le golfe d’Égine, sur l’incomparable perspective de ses îles variées et des monts lointains du Péloponèse, tandis qu’elle est close, au nord-est, par le Pentélique, dont la forme triangulaire rappelle, à s’y méprendre, celle que l’art classique a donnée aux frontons de ses temples ; il n’est pas jusqu’aux acrotères que ne dessinent ici, comme pour compléter la ressemblance, deux renflemens très marqués du sol, aux deux extrémités de la base. Les proportions sont les mêmes ; toute la différence est dans les dimensions ; le sommet de cet ample et majestueux tympan est à 1,126 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sur les côtés de l’espace ainsi compris entre le Pentélique et les courbes sinueuses des plages de Phalère et du Pirée, la muraille allongée de l’Anchesme, percée de deux brèches, s’oppose à la masse plus imposante de l’Hymette, tandis que, dans l’angle nord-ouest, s’élève le Parnès, plus haut et plus ramassé ; sa tête arrondie dépasse celle des monts voisins ; il a ses précipices ; des ravins profonds en sillonnent les flancs. Le Parnès introduit ainsi, dans cette ordonnance grandiose, un élément pittoresque qui vient corriger fort à propos ce que les autres parties du cadre paraîtraient peut-être avoir de trop défini et de trop régulier. Je ne connais pas d’ensemble dont les traits se gravent plus vite et plus profondément dans la mémoire. Cette plaine de l’Attique, je ne l’avais pas revue, jusqu’à ces derniers jours, depuis plus d’un quart de siècle, et cependant, les yeux fermés, j’en évoquais plus aisément l’image, je me la représentais mieux tout entière que je n’arrivais à le faire pour la campagne de Rome, à laquelle, pendant cet intervalle de temps, j’avais rendu plus d’une visite.

Je n’aurais garde de prétendre que les architectes grecs aient jamais songé à prendre pour modèles leurs montagnes et leurs rochers ; ce n’est certainement pas le Pentélique qui leur a suggéré l’idée de placer un fronton au-dessus des entablemens de leurs façades ; mais n’est-il point permis de penser que les formes de leur nature et la physionomie originale du relief de leur sol ont exercé quelque influence sur la direction de leur esprit et les