Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 109.djvu/566

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préférences de leur goût ? De même aussi, dans l’emploi qu’ils ont fait de la couleur pour parer leurs monumens, pour y mieux marquer la distinction des divers membres de l’édifice et y faire ressortir les détails de l’ornement, on devine encore je ne sais quels conseils secrets et quelles mystérieuses exigences de la lumière. Sous ce ciel presque toujours sans nuage, il y a partout de la lumière réfléchie et diffuse ; il y a beaucoup de lumière jusque dans l’ombre ; les ombres portées sont loin d’être aussi fermes que là où les parties éclairées ne le sont elles-mêmes que plus faiblement ; à elles seules elles n’auraient donc pas ici assez de puissance pour modeler un profil et lui donner de l’accent. Quant aux grandes surfaces d’un ton clair que frappent directement les rayons du soleil, elles renvoient à l’œil ces rayons en trop grande abondance pour ne pas l’éblouir et le blesser ; sous l’impression de cette fatigue, il n’en saisit plus aisément les dimensions vraies et ne distingue point ce qu’il y a sous cette aveuglante blancheur. Tout au contraire, des tons plus foncés, en absorbant un plus grand nombre de rayons, ménagent la vue ; ils lui laissent la faculté de percevoir, même sous l’éclat du plus ardent soleil, les qualités et la solidité de la matière. Les effets et les avantages de cette coloration intense ont été indiqués et révélés aux Grecs par certains des aspects de la nature au sein de laquelle ils se sont développés. Cette nature risque d’étonner et de rebuter, au premier moment, des yeux accoutumés, par un long séjour dans les pays du Nord, à voir la terre partout couverte d’un manteau d’herbes luxuriantes et d’arbres touffus. Elle n’est point, comme celle de la Lombardie, verte partout et en tous sens, verte jusqu’aux limites de l’horizon ; mais elle n’en est pas moins très richement, je dirai même très délicatement colorée. Elle a, au-dessus et tout autour d’elle, le bleu du ciel et celui de la mer, l’un plus tendre et plus constant, l’autre plus intense et sujet d’ailleurs à passer, en très peu d’heures, par toutes les nuances, depuis le violet foncé jusqu’au vert clair, suivant que le temps est clair ou nuageux, suivant que le flot dort tranquille ou qu’il frissonne et noircit sous la brise pour bientôt se creuser et s’argenter d’écume. Ce bleu avec toutes ses dégradations, c’est ici comme la note dominante de la gamme, c’est le ton principal sur lequel viennent s’appliquer tous les tons secondaires ; l’exquise douceur du fond fait valoir le gris très fin ou les reflets métalliques des feuillages de l’olivier, de l’yeuse et du laurier, que leurs rameaux légers se détachent sur le ciel ou qu’ils se découpent, au penchant d’une côte, sur une étendue de mer. L’azur céleste et l’azur marin ne se marient pas moins heureusement à la blancheur des neiges qui étincellent sur les hautes cimes et à celles