Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 109.djvu/572

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États, voilà les défenseurs des traités de commerce en Europe. Les États-Unis, le Brésil, Cuba, bientôt le Mexique, voilà ceux qui les pratiquent en Amérique. Le nombre d’ailleurs des nations qui adoptent ce régime s’accroît chaque mois : d’un pôle à l’autre en Amérique, de l’Atlantique à l’Oural en Europe, il n’est question que de traités de commerce réalisés ou en préparation. Les diplomates et les ministres ne reculent pas plus devant le mot que devant la chose : ils.ne cherchent pas des synonymes honteux ; ce sont bien des Handelsvertrüge que concluent l’Allemagne et son groupe pour une période de douze années ; et ils ne se contentent pas de clauses générales et vagues, comme celle du traitement de la nation la plus favorisée ; ils y joignent, ce qui est une abomination pour certains membres de notre commission des douanes, des tarifs détaillés et invariables.

Si notre gouvernement et notre parlement eussent été un peu plus attentifs aux bruits du dehors, ils ne se seraient pas attiré la déception dont ils sont à l’heure présente quelque peu humiliés. Ils se seraient aperçus que l’ambitieux et remuant secrétaire d’État des États-Unis pour les affaires étrangères, M. Blaine, préparait depuis longtemps déjà des arrangemens commerciaux entre les diverses puissances d’Amérique. Ils auraient vu aussi que le jeune empereur d’Allemagne, hors de pages depuis le congédiement de M. de Bismarck, était avide de lauriers pacifiques, que, frustré dans son espoir de résoudre la question sociale, il voulait du moins faire une grande œuvre de concorde. Avec moins de préjugés, nos hommes d’État se seraient avisés qu’ils tournaient le dos aux nations civilisées et, suivant l’expression vulgaire, qu’ils n’étaient pas dans le train.


I

« L’indépendance économique, » comment peut-on faire, de notre temps, un rêve aussi bizarre ? Où la prend-on, cette indépendance économique ? Sans revenir à tous les lieux-communs sur la vapeur et l’électricité, l’histoire du dernier demi-siècle est toute remplie de conventions internationales qui limitent la liberté de chacun des contractans : conventions de navigation, conventions pour la protection des voyageurs de commerce, conventions relatives à la garantie réciproque de la propriété littéraire et artistique, etc. Notre gouvernement et notre parlement, dans la laborieuse élaboration de leur tarif maximum et de leur tarif minimum, avaient oublié toutes les conventions que nous venons de dire, et beaucoup d’autres encore, qui règlent des intérêts considérables. Grand fut leur étonnement, quand la pratique vint leur révéler