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Sommes-nous assurés de trouver une compensation en installant sur notre territoire des industries nouvelles moins raffinées, moins conformes à notre caractère, à nos aptitudes, à nos productions naturelles et où nous n’avons jamais excellé ?


II

Quelque mépris intérieur qu’aient beaucoup de nos ultra-protectionnistes pour nos brillantes industries d’exportation, la plupart croiraient devoir s’indigner en public au reproche qu’ils les sacrifient. Il est visible, cependant, qu’ils le font et doublement : d’un côté par tout le surcroît de charges qu’imposent aux productions supérieures toute la série des droits qui frappent les articles élémentaires qu’elles transforment, d’un autre côté, par la perte de toute garantie d’un traitement, sinon favorable, du moins équitable, à l’entrée des contrées étrangères. La seule garantie sérieuse, ce sont les traités de commerce.

Une histoire des traités de commerce, de leurs antécédens, est encore à faire. Deux de nos académies qui disposent de prix nombreux, l’Académie des sciences morales et politiques et l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, pourraient mettre au concours ce très intéressant sujet, aujourd’hui peu connu. Quelque érudit démontrerait aisément, croyons-nous, que ces arrangemens sont vieux comme le monde, qu’ils ont été connus et pratiqués par l’antiquité, tout comme par les temps modernes. Pour nous en tenir à ceux-ci, nous constatons, sans grandes recherches, que sous Charles IX, le 29 avril 1572, un traité de commerce avait été signé entre la France et l’Angleterre et qu’il lut confirmé en 1575 par Henri III. En 1603, Henri IV se préoccupa d’en conclure un nouveau et chargea Sully de ces délicates négociations. Elles aboutirent en 1606, et il est encore instructif d’en remémorer les clauses. Il était stipulé qu’à l’avenir les draps anglais introduits par Caen, Rouen et La Rochelle seraient visités non plus par les officiers royaux, mais par quatre commerçans, deux Anglais, deux Français, qui prendraient le titre de conservateurs du commerce. Si la marchandise était considérée comme non admissible, elle serait rembarquée au lieu d’être confisquée. Les marchands français pourraient commercer librement en Angleterre où ils jouiraient des mêmes franchises qui seraient accordées chez nous aux sujets britanniques. Un tarit exact des droits d’entrée et de sortie devait être affiché dans les principales villes de commerce, et toutes les marchandises seraient réciproquement admises en pleine liberté, sauf les articles prohibés dont la liste serait publiée.