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REVUE MUSICALE

Théâtre de l’Opéra-Comique : Cavalleria rusticana, opéra en 1 acte, de MM. Targioni Tozzetti et G. Menasci (version française de M. Paul Milliet), musique de M. Pierre Mascagni.

Voici un petit opéra en un acte. Il a été composé en deux mois, au fond de l’Italie, par un tout jeune homme, ignoré, presque un enfant, le fils d’un boulanger de Toscane. Il a été primé dans un concours, de préférence à cinquante ou soixante autres partitions. On le représente pour la première fois à Rome pendant l’année 1890, qui ne vit pas éclore chez nos voisins moins de cinquante-quatre opéras. Le succès en est prodigieux, même pour un succès italien, et le petit fornarino, qui s’était réveillé inconnu, s’endort illustre. A Florence, l’enthousiasme tourne au délire : avant le milieu de l’ouverture, le maestro fut, dit-on, rappelé trois fois. Alors la traînée de poudre s’allume. Ni les Alpes ne l’arrêtent, ni l’Océan ne l’éteint. L’Allemagne s’enflamme, puis l’Autriche, l’Amérique et jusqu’à l’insensible Angleterre. En dix-huit mois, près de trois cents théâtres acclament le glorieux opuscule. Il arrive enfin à Paris et il y échoue. Car on ne peut se le dissimuler : l’œuvre de M. Mascagni a été reçue froidement par le public et très durement par la critique. Fort au-dessous de sa renommée, elle est pourtant au-dessus de notre dédain. J’essaierai de le faire voir et de montrer aussi comment, par quelques belles pages, cette partition touche à des questions générales, aux dissidences profondes qui nous