Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 111.djvu/165

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le genre neutre n’existe pas. Les afrikanders demandent avec raison pourquoi une chaise serait plus féminine qu’un tabouret ou un banc. Cet article unique n’a pas de pluriel. L’influence de l’anglais est ici évidente. Dans la structure des mots on a laissé choir beaucoup de sons durs comme le g guttural pareil au j espagnol. Wagen, voiture, devient wa ; dragen, porter, dra ; krijgen, acquérir, kry. On élide même, comme trop rude, le v entre deux voyelles, ou bien on l’adoucit en w ; on dit o’eral pour overal, partout ; morre aand pour morgen avond, demain soir ; skrywe pour schrijven, écrire, etc. Quant au vocabulaire, il est resté très pur, très germanique, beaucoup moins chargé de scories étrangères que celui de la littérature néerlandaise, et cela se comprend. Les Hollandais austraux vécurent longtemps séparés du monde, comme, en Crète, les Sphakiotes qui parlent encore le vieux dialecte dorien. Les huguenots perdirent de bonne heure toute influence sur la langue, puisqu’on défendit l’usage du français. Nous ne compterions peut-être pas, en afrikaans, douze mots d’origine française. Kleur, couleur, et kleurling, homme de couleur, rivier, rivière, existaient déjà en hollandais avant de paraître dans l’Afrique du Sud : Kombuis, cambuse ou cuisine, ne vient pas de chez nous, car c’est nous qui avons pris cambuse aux marins des Pays-Bas. En revanche, on peut citer poort, col de montagnes, port ; vley, étang, dérivé de vallée ; fontein dans le sens de bron, source ou puits, plaats, place, dans le sens de ferme, domaine ; karmnatje, carbonade, plat du midi qui, peut-être, ne figure pas dans le dictionnaire de l’Académie, mais qui figure dans Port-Tarascon. Nous avions cru trouver un emprunt plus frappant dans le redoublement de la négation, la répétition de ni, qui semblait imitée de notre ne pas. Exemple :

John Mackensie,
Moe ni grens ni.
(Vers du président Reitz.)

« John Mackenzie, ne te mêle pas de la frontière. » Or il paraît que cette double négation se rencontre déjà dans le gothique ; elle vient probablement d’un sous-dialecte hollandais. Quand les Afrikanders ont fabriqué des mots pour désigner des choses nouvelles, ils en ont toujours demandé les élémens à la langue mère, restant ainsi plus fidèles au hollandais que les Hollandais d’Europe : ils ont inventé notamment vuurwa, voiture à feu, pour lokomotief, et ysterpaard, cheval de fer ; une allumette, pour eux, n’est pas un lucifer, mais un vuurhoutje (brin à feu). Enfin, verkleurmannetje,