Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/863

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sacrifice, on n’ignorait pas leurs sentimens intimes. Toute démantelée qu’elle fut par la retraite imposée aux chefs qui en représentaient les meilleures traditions, l’Ecole apparaissait encore aux zélateurs de l’Empire comme une citadelle à abattre, comme une des dernières positions où se maintinssent l’esprit critique et un libéralisme qui, bien que vaincu par la force et trahi par le suffrage populaire, ne s’était pas résigné à sa défaite. Il semblait que ses jours fussent comptés, qu’elle dût être ; frappée de mort à bref délai, victime des mêmes rancunes, des mêmes terreurs et des mêmes ambitions qu’en 1822.

On n’a jamais douté que le projet de supprimer l’Ecole n’ait été, dans ces premiers mois de 1852, très sérieusement.agité. J’avais souvent entendu affirmer que cette suppression avait été un instant décidée ; mais la preuve manquait. Cette preuve, elle a été retrouvée par M. Dupuy ; il a rencontré, dans les archives du ministère de l’instruction publique, deux notes, qui doivent avoir été rédigées peu de jours après qu’avait été promulgué le décret-loi du 9 mars, dont l’article 7 édicté qu’ « un nouveau plan d’études sera discuté par le Conseil supérieur dans sa prochaine session. »

La première de ces notes est écrite sur une feuille de papier qui porte l’en-tête : Cabinet du Ministre ; on y reconnaît la main même de M. Fortoul. Elle est ainsi conçue :

« LOUIS NAPOLÉON, etc., etc.,

Sur le rapport du Ministre de l’Instruction publique et des Cultes,

Décrète :

ARTICLE PREMIER. — L’Ecole normale est licenciée.

Elle sera immédiatement réorganisée d’après les bases fixées par l’article 44 du décret organique sur l’Instruction publique [1].

ART. 2. — Le Ministre de l’Instruction publique est chargé de l’exécution du présent décret. »

L’autre note a dû être rédigée par un secrétaire ou un chef de bureau ; on voici l’exacte teneur :

« Le Ministre, etc.,

Vu le décret du… mars courant, qui porte licenciement de l’Ecole normale supérieure,

  1. Le décret du 9 mars n’a que onze articles ; il est donc probable que la note visait une première rédaction, plus développée, de ces Dispositions organiques. On se sera décidé à renvoyer certaines des dispositions projetées à la loi qu’annonce le préambule du décret qui a été rendu, loi qui n’a d’ailleurs jamais été présentée.