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Le « Napoléon inconnu » de M. Frédéric Masson


Ce fut, paraît-il, durant les Cent-Jours, que Napoléon enferma ses papiers de jeunesse, ses écritures d’étude, dans un carton couvert d’un papier grisâtre à dessins quadrillés, et portant cette inscription : « A remettre au cardinal Fesch seul. » Le cardinal emporta ce carton à Rome et n’eut pas la curiosité de l’ouvrir. En 1839, son grand vicaire, l’abbé Lyonnet, le rapporta à Lyon. Il le cédait plus tard à Libri, qui à son tour le revendait à un célèbre bibliophile anglais, le comte d’Ashburnham. Après la mort du comte, sa bibliothèque fut vendue par lots, et les papiers de Napoléon furent acquis par le gouvernement italien, qui les déposa à Florence, dans la bibliothèque médicéo-laurentienne. Ce sont ces papiers que M. Frédéric Masson vient de publier avec la collaboration de M. Guido Biagi, en les accompagnant d’un lumineux et instructif commentaire, dont les futurs biographes du grand homme ne pourront se dispenser de tenir compte. M. Masson n’a pas écrit une histoire suivie de la jeunesse de Napoléon ; mais jusqu’ici personne n’en avait mieux marqué les phases successives ; personne n’avait si bien expliqué par quel sourd et long travail intérieur ce Corse acquit le sentiment de ses vraies destinées, et résolut de se donner à la France, qui en retour ne tarda pas à se donner à lui [1].

Parmi ces papiers, dont quelques fragmens avaient été publiés, il en est de fort curieux, qui nous fournissent des renseignemens précis sur l’idée que dans sa jeunesse Napoléon se faisait de lui-même et des autres, sur ses goûts, ses penchans naturels, sur ses prédilections et

  1. Napoléon inconnu, papiers inédits (1786-1793), publiés par Frédéric Masson et Guido Biagi, accompagnés de Notes sur la jeunesse de Napoléon (1769-1793), par Frédéric Masson ; Paris, 1895, Paul Ollendorff.