Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/861

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« On aura beau, disait-il, se représenter les molécules de l’air comme des lames élastiques et rameuses, comme des branches d’osier pliées sur elles-mêmes et enchevêtrées, on parviendra difficilement à expliquer l’expansibilité de l’air ; on ne le peut faire qu’en attribuant aux molécules une force répulsive qui les oblige à se fuir l’une l’autre. » Mais l’explication de Newton, qu’allait adopter l’école de Lavoisier et de Laplace, n’était pas de nature à satisfaire les cartésiens.

En 1702, Amontons prouvait qu’un égal accroissement de chaleur augmente d’autant plus la pression de l’air que l’air est chargé d’un plus grand poids. Naturellement, l’Histoire de l’Académie explique cette découverte au moyen des principes communément admis : « La raison en est que l’action de la chaleur consiste en une infinité de petites particules très agitées qui pénètrent les corps. Quand elles entrent dans une masse d’air, elles en ouvrent et en développent les lames spirales, non seulement parce que ce sont de nouveaux corps qui se logent dans leurs interstices, mais principalement parce que ce sont des corps qui se meuvent avec beaucoup de violence. De là vient l’augmentation de ce volume d’air. Que s’il est enfermé de manière qu’il ne se puisse étendre, les particules de feu qui tendent à ouvrir ces spires, et ne les ouvrent point, augmentent par conséquent leur force de ressort, qui cesserait si elles s’ouvraient librement. »

Parent avait été frappé de la découverte d’Amontons : « Ce phénomène, dit l’Histoire de l’Académie pour 1708, lui a fait naître une idée qui peut paraître hardie : c’est que l’air n’a point de ressort. Que l’air eût un ressort, ç’a été apparemment, au temps de, la découverte, un paradoxe fort étrange, et aujourd’hui ce n’est pas un moindre paradoxe qu’il n’en ait point. » Il faut donc imaginer, selon Parent, que les parties de l’air ne sont ni des lames pliées qui s’ouvrent, ni des spires qui se déroulent, ni rien d’analogue ; ce sont de simples petites molécules inertes qui flottent dans une matière éthérée infiniment plus subtile et toujours violemment agitée. Plus la matière éthérée est abondante, plus elle se meut avec rapidité, plus les molécules d’air tendent à s’écarter les unes des autres ; de là l’apparente élasticité de l’air, Cette élasticité, les molécules de l’air ne l’ont pas par elles-mêmes ; si elles pressent les parois des vases qui les renferment, si elles refoulent le mercure du manomètre, ce n’est pas par une force qui leur soit propre, c’est simplement par suite du mouvement que leur communique l’agitation de la matière éthérée.

Parent n’avait fait que développer, en l’appliquant aux corps gazeux, une idée que Malebranche avait émise, dès 1674, dans sa Recherche de la vérité.