Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/425

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


chez lui ne saurait compenser le risque qu’il court de voir son capital diminué dans une proportion impossible à déterminer. Aussi n’est-il pas étonnant que des nations où règne le papier-monnaie se voient privées du concours des capitaux étrangers. Elles sont même souvent contraintes, lorsqu’elles veulent se l’assurer à tout prix, de s’obliger à payer les intérêts des emprunts qu’elles contractent et à rembourser le principal en or, gardant ainsi pour elles-mêmes les risques du change et donnant à leurs prêteurs la garantie de la stabilité du revenu.

Après avoir retracé l’histoire des exportations successives de nos capitaux, nous essaierons de nous rendre compte de la nature et de l’importance actuelle des placemens français à l’étranger, de décrire et d’évaluer la fortune mobilière de notre pays en dehors de ses frontières. Nous tirerons une conclusion de cet exposé en donnant notre sentiment sur la conduite que commande à cet égard au législateur l’intérêt bien entendu du pays.


II

Nous n’aurons pas à remonter très haut dans notre histoire pour établir l’origine du mouvement qui a abouti à la situation présente. Chacun sait que le développement prodigieux de la fortune mobilière ou, pour parler un langage plus exact, la mobilisation de la fortune qui est le caractère de nos sociétés modernes, (car beaucoup de valeurs dites mobilières représentent des propriétés foncières, des usines, des maisons) date à peine d’un siècle. Avant la Révolution et même sous le premier Empire, la partie essentielle des patrimoines individuels consistait en immeubles. A défaut de l’histoire, la législation à elle seule nous confirmerait l’exactitude de cette assertion. Toutes nos anciennes lois relatives à la transmission des biens, au régime matrimonial et successoral, sont aussi brèves sur le chapitre des meubles qu’elles sont développées sur celui des biens immobiliers. Ceux-ci formaient la base des fortunes ; les familles ne se préoccupaient que d’eux. Les sociétés anonymes étaient inconnues. Les dettes publiques étaient peu de chose en comparaison de ce qu’elles sont aujourd’hui. Les engagemens des Etats et des municipalités n’avaient pas revêtu ce caractère sérieux, nous serions tentés de dire sacré, qu’elles ont aujourd’hui. Lors des règnes les plus glorieux de notre propre histoire, nous assistons à des