Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 145.djvu/100

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noyau de populations vraiment rurales, des installations décentes : « Ce sont des brutes », objecte-t-on ; et l’on s’autorise des effets mêmes de leur abjection pour les y condamner à perpétuité.

On pourrait en maints endroits, et dès lors on devrait, au prix de quelques travaux d’assainissement, refaire lentement une population rurale, fixant son existence sur les lieux mêmes où elle la gagne, dissiper en elle, peu à peu, la crainte de la vie des champs, en l’associant ou en l’intéressant à l’œuvre de l’amélioration du sol, et l’éveiller, enfin, à l’amour même de cette vie, en la faisant participer à l’abondant surcroît de ressources qu’assureraient un air purifié et un sol mieux soigné. Déjà, dans certaines parties de la province de Reggio, commence, avec le concours de quelques grands propriétaires, ce repeuplement des campagnes : les maisons de colons (case coloniche) y deviennent plus dignes d’être habitées par des êtres à forme humaine. Mais combien rares sont ces exceptions et combien lents en sont les succès !

Améliorer leurs terres est une besogne dont beaucoup de propriétaires n’ont nul souci : elle impliquerait des efforts de gérance et de contrôle à peu près incompatibles avec leurs notions actuelles sur la propriété. S’ils dépensent quelques parcelles de leur revenu dans le pays même auquel ils le doivent, ils les affectent le plus souvent à arrondir leurs domaines, à multiplier leurs têtes de bétail, bref à accroître leur capital brut. Quant à introduire des cultures nouvelles ; quant à prendre l’initiative de travaux d’amendement ou de dessèchement, quant à perfectionner enfin les procédés d’industrie agricole, un très petit nombre y songent, un moindre nombre encore y consentent. On cite, parmi cette élite, dans la province de Catanzaro, M. le baron Barracco, dont l’activité entreprenante et généreuse a vulgarisé l’usage des machines agricoles, multiplié les abris pour le bétail, et substitué, à la vieille coutume de faire fermenter les olives dans le pressoir seigneurial, une méthode plus scientifique de fabrication de l’huile : l’exemple est plus connu qu’il n’est compris, et plus vanté que suivi.

L’Etat italien, dans les vingt dernières années, a dépensé quelque argent et beaucoup de sollicitude pour établir, dans les villes de quelque importance, des écoles pratiques d’agriculture, susceptibles d’initier aux progrès agronomiques, sinon les héritiers des propriétaires, au moins les fils de leurs régisseurs. Mais les hommes d’expérience, ou ceux qui se plaisent à passer pour tels,