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ordre ait été donné nominativement. Je dois cette faveur à l’affaire de Sidi Rombarat, le 3, où le général Oudinot a été blessé et où j’ai eu le bonheur de conduire le bataillon de l’avant-garde, quand, sous le feu du canon, nous avons chassé l’ennemi embusqué derrière un ravin. Je n’ai pas été content, dans cette circonstance, du 2e chasseurs à cheval d’Afrique. Quand le général Oudinot fut blessé, le colonel Menue reçut momentanément le commandement de la brigade qu’il exerça honorablement, comme vous pouvez le croire. Le régiment, quoique sans chef, eut un beau moment sous le boulet et redoubla sa marche aux cris de : Vive le Roi !

Le Prince m’a traité avec une bonté extrême : quatre fois, c’est-à-dire toutes les fois que je me suis trouvé à sa portée, il m’a dit les choses les plus obligeantes. Un jour, en coupant la colonne devant la tête de mon bataillon, il dit au Maréchal, de manière à être entendu de moi et de tous ceux qui m’entouraient : C’est le capitaine Changarnier qui s’est si bien conduit à Sidi Rombarat ; et tous deux me saluèrent de la tête et de la main.

Nous avons beaucoup d’officiers et de soldats malades. La faim, les bivouacs dans la boue et sous la pluie, me sont un excellent régime, jamais je ne me suis mieux porté. Grâce au changement de garnison, nous sommes, depuis Oran, privés de lettres de France.

Recevez, mon général, la nouvelle expression du dévouement le plus respectueux et le plus vrai de votre très humble et très obéissant serviteur.


Le capitaine Forey, capitaine an 3e léger, au général de Castellane.


Bône, le 3 décembre 1836.

Mon général,

Nous arrivons de Constantine, le cœur navré par les scènes de douleur dont nous avons été témoins, mais aussi bien fiers du beau rôle que le bataillon, si bien commandé par M. Changamier, a été appelé à jouer dans cette mémorable expédition.

Le commandant m’annonce que vous désirez que je vous envoie une carte et un récit sur l’expédition ; c’était mon intention, mon général, vos désirs eussent été remplis sans que vous me les