Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 148.djvu/119

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jour une désastreuse influence, ne produisent plus les mêmes effets et perdent chaque jour de leur importance. Les fortunes morcelées, émiettées par des partages successifs, ne peuvent plus dispenser les générations qui s’élèvent de la lutte pour la vie. Le règne de la petite industrie, inauguré par la Révolution, qui supprima le monopole des maîtrises, touche à sa fin : les petits artisans et les petits fabricans succombent sous la concurrence des machines et de la grande industrie ; le commerce de détail agonise. Quant au fonctionnarisme, ce minotaure qui dévore tant d’activités et d’énergies privées, le monstre est repu. Notre enseignement secondaire, ce moule uniforme où l’on a voulu couler toutes les intelligences pour transformer des organismes vivans en de véritables abstractions, est attaqué aujourd’hui par les universitaires les plus qualifiés, et la création de l’enseignement dit « moderne » est un premier pas dans la voie des réformes. D’où vient donc, puisque les causes principales de notre passivité ont perdu leur influence nuisible, que nous n’ayons pas repris nos anciennes aptitudes coloniales ? D’où vient cette étonnante impéritie qui nous empêche encore de mettre en valeur notre domaine d’outre-mer, reconstitué par la troisième République ? Quel vice de nos institutions enlize encore nos volontés et nos énergies ? Il n’est pas besoin d’une longue observation pour le découvrir. Le mal a sa source dans cette centralisation à outrance qui, entre tant d’autres méfaits, a voulu faire de l’Etat le seul instrument décolonisation et qui a cru remplacer avantageusement par une Administration coloniale la féconde et intarissable activité de l’initiative privée. Un régime centraliste et autoritaire, ennemi des initiatives individuelles et sans cesse occupé à les comprimer, a fini par fausser notre caractère et nos mœurs, et nous a rendus inhabiles à ces entreprises coloniales que nous voyons, au contraire, prospérer chez les nations possédant des institutions plus larges et plus souples et où l’on donne un libre essor à toutes les activités.

Le cadre d’un rapport parlementaire ne permettait pas à M. Pauliat de plaider, par de nombreux exemples, la cause de l’initiative privée sur le terrain colonial : il eût fallu refaire l’histoire de toutes nos anciennes colonies. Ce n’est pas cette œuvre que je me propose d’entreprendre ; mais, sans remonter dans le passé, il y a dans le présent un exemple si merveilleusement choisi pour illustrer cette thèse qu’il m’a semblé intéressant de m’y arrêter. Le Congo Français et l’Etat Indépendant sont deux domaines