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africains (on ne peut pas dire deux colonies, puisque l’Etat Indépendant n’a pas en droit de mère patrie) ouverts en même temps aux entreprises européennes et placés dans les mêmes conditions géographiques et économiques. Le premier est l’œuvre d’un gouvernement faisant de la politique coloniale ; le second est une entreprise, royale il est vrai, mais exclusivement d’ordre privé. De l’histoire impartiale de ces deux domaines, il sera facile de dégager des conclusions sur le mode de gestion appelé à les mettre en valeur, sans qu’il soit nécessaire d’interrompre cette étude pour insister sur une comparaison qui s’imposera naturellement aux esprits[1].


I

Les conditions géographiques et économiques, comme nous venons de le dire, étaient les mêmes pour le Congo Français et pour l’Etat Indépendant. Rappelons quelles étaient ces conditions.

L’immense bassin du Congo occupe à lui seul tout le centre de l’Afrique, à laquelle il donne son aspect particulier ; sa configuration est celle du continent noir tout entier, et il est nécessaire d’en bien connaître les traits caractéristiques, car elle explique l’évolution économique des grands bassins africains, évolution si lente jusqu’à ces dernières années, et qui a pris tout à coup une allure si rapide. Supposez qu’une assiette renversée, chargée de sucre à sa partie supérieure, soit placée dans le voisinage d’une fourmilière ; quelques fourmis aventureuses, à tempérament d’explorateur, en feront aussitôt le tour pour reconnaître les fêlures et les parties ébréchées qui sont tout indiquées comme voies d’accès, puis résolument elles s’élanceront sur la pente rapide et glissante. Après bien des chutes pénibles, les voici arrivées près de la partie supérieure ; mais là les attend une nouvelle épreuve ; un soulèvement abrupt entoure le plateau, formant une barrière formidable ; il faut un suprême effort pour escalader ce dernier obstacle et atteindre le sucre tant convoité. Les tenaces fourmis, récompensées de leurs peines, emportent des charges énormes. Hélas ! tous les périls de l’aller se retrouvent au retour ; il faut déposer la majeure partie du précieux fardeau pour opérer la

  1. Pour l’État Indépendant, voir Wauters, Mouvement géographique et l’intéressante étude de M. le lieutenant Masui, L’État indépendant du Congo à l’Exposition de Bruxelles-Tervueren, 1897.