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l’Angleterre ? Existe-t-il un traité par lequel le Piémont s’engage à céder la Savoie à la France en échange de la Lombardie ? — Non, répondirent Walewski et Gortchakof avec une parfaite bonne foi, car il n’existait aucune alliance contre l’Angleterre et ils ignoraient l’un et l’autre le traité secret du 10 décembre 1858 sur Nice et la Savoie. Ils auraient pu ajouter, ainsi que le fit en pareille occasion Bismarck : « Et si cela était vrai, vous répondrais-je autrement ? » Malmesbury devient alors d’une indiscrétion encore plus impertinente, et demande à Gortchakof de lui communiquer le texte des arrangemens russes avec la France. Gortchakof se moqua : « Un amant pourrait tout au plus faire une pareille question à sa maîtresse, et ce ne sont pas les termes dans lesquels l’Angleterre est avec la Russie. »


III

Des nuages plus sombres encore s’amassaient du côté de l’Allemagne. Nos agens en racontaient au moins l’équivalent de ce que Persigny mandait de Londres. Surtout dans les petits Etats si chers à nos diplomates, la haine contre nous touchait à l’exaspération. Personne n’y doutait que l’attaque en Italie, si elle était victorieuse, ne fût le prélude d’une tentative sur le Rhin : il fallait prendre immédiatement parti pour l’Autriche sans condition et ne pas attendre qu’écrasée, elle fût dans l’impuissance de contribuer à la défense commune. Le ministre Dalwigk, en prêchant la croisade contre les Français, n’éprouvait qu’un embarras : à qui donnerait-on l’Alsace ? On ne parlait de rien moins que d’une déclaration de guerre immédiate. Malmesbury, informé comme nous, ne voulut pas qu’on comptât sur son appui pour cette démarche prématurée. Il fit savoir à la Diète que, quant à présent l’Allemagne n’avait pas de motifs plausibles de déclarer la guerre à la France ; et que, si elle était assez mal inspirée pour se mêler à la guerre sitôt que cela (at this early stage), avant qu’il existât vraiment un casus fœderis ; si, ainsi, elle rendait générale une guerre qu’il était possible de localiser, le gouvernement de Sa Majesté britannique qui, dans les circonstances existantes (at present, under existing circumstances), avait résolu de garder une stricte neutralité, ne lui accorderait aucune assistance et ne protégerait pas ses côtes contre une attaque (2 mai).

Dans cette effervescence martiale et gallophobe, parut un