Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/188

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les premières salves. Il est acquis que celle des deux escadres dont l’attention sera distraite de ce début de l’engagement d’artillerie par la nécessité de prendre ou de rectifier sa formation de combat se trouvera, ipso facto, dans un état d’infériorité dont elle aura de la peine à sortir, en raison de l’ascendant pris par le feu de l’ennemi.

S’il on est bien ainsi, ne trouvez-vous pas naturel d’employer les croiseurs cuirassés à troubler, à retarder, à empêcher même les mouvemens qui auront pour objet de faire passer l’adversaire de sa formation de route à sa formation de combat ?

— Cela pourra leur coûter cher, même s’ils s’arrangent pour ne présenter que des surfaces fuyantes aux énormes projectiles des cuirassés de ligne… mais enfin il se peut que leur intervention procure un bénéfice appréciable. Seulement ce bénéfice disparaîtra si la formation de combat adoptée par l’ennemi est précisément sa formation de route, la simple et bonne ligne de file, par exemple.

— Non, le bénéfice ne disparaîtra pas tout à fait, car il n’est pas possible que cette ligne de file n’ait pas à subir au moins des changemens de direction, des ploiemens, qui mettront successivement les anneaux de la chaîne dans des positions défavorables par rapport aux croiseurs, d’autant que ceux-ci conserveront toujours les avantages d’une plus grande vitesse et d’une plus grande liberté de mouvemens.

— Vous êtes au moins obligé d’admettre, en tout ceci, que l’adversaire n’a pas de croiseurs cuirassés formant division légère ?…

—… Ou qu’il n’en a qu’un très petit nombre, et nous voyons, dès maintenant, d’après les programmes de construction connus, que tel sera le cas, dans quelques années, pour les escadres de deux ou trois puissances maritimes importantes. Au demeurant, si chacune des deux forces navales en présence a une forte escadre légère ou escadre d’observation, l’utilisation de ces deux avant-gardes, au point de vue du combat, est toute trouvée : elles se battront les premières et, de deux choses l’une, ou bien cet engagement se soudera avec celui des cuirassés de ligne en y apportant des péripéties initiales qu’il est plus aisé de pressentir que de déterminer exactement, ou bien il y aura deux rencontres distinctes, à quelques milles Tune de l’autre, — et c’est ce qui se passait le plus souvent autrefois, du temps des vaisseaux et des