Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/189

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frégates, — les croiseurs victorieux revenant aider le plus tôt possible leur cuirassés.

— Aide précieuse ! dit S… Du moins en avons-nous jugé ainsi le jour du combat d’Ajaccio. Vous savez que nous avions été quelque peu surpris, nous, les bloqueurs, par la brusque sortie, au point du jour, de l’escadre bloquée. Le combat s’engagea donc dans des conditions assez défavorables pour nous, et notamment en l’absence de notre division légère, qui était dispersée. Celle de l’adversaire en profita pour nous canonner, et comme nos grosses pièces avaient assez à faire de répondre au feu des cuirassés, l’artillerie moyenne des croiseurs nous faisait du mal… non ! je veux dire : nous eût fait du mal, sans risquer beaucoup.

— Or, de ces croiseurs, les plus forts étaient le Bruix, le Dupuy-de-Lôme, que l’on hésiterait peut-être à engager avec des cuirassés d’escadre, au début de l’affaire surtout. Mais songez à l’appoint qu’eussent apporté aux bâtimens de ligne des croiseurs cuirassés aussi puissamment armés que la Marseillaise ou le Jules-Ferry — ou encore que Fürst Bismarck !…

— Parbleu !… La vérité, c’est que ces prétendus « croiseurs cuirassés » sont des « cuirassés rapides… »

— Et que lorsque l’escadre légère ou escadre d’observation sera composée d’unités de ce genre, ce sera tout à fait comme en 1782 où, le 22 octobre, Lamotte-Piquet essayait de retenir à coups de canon de sa division légère la flotte de Howe qui venait de conduire à Gibraltar un convoi de ravitaillement. Cette division était composée de vaisseaux à deux ponts doublés en cuivre, — grande nouveauté alors, — et des plus fins voiliers de l’armée combinée franco-espagnole, dont elle laissait malheureusement le gros trop loin derrière elle.

Le vaisseau de 74 fin voilier, doublé en cuivre, c’est le grand croiseur cuirassé d’aujourd’hui, et par suite..

— Messieurs, dit un timonier qui entre brusquement, il est midi : on met aux postes d’appareillage !

15 septembre. — Hier, au moment où nous larguions les aussières de nos coffres, une pluie diluvienne est tombée, tandis que le tonnerre grondait sur le Roule et que les éclairs illuminaient les fonds sombres de la gorge de Quincampoix. Ce fut fort dommage pour les rares Cherbourgeois que la curiosité d’un beau spectacle maritime retenait loin de leur dîner, sur la place