Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/190

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Napoléon. D’ailleurs, après ce violent orage (qui ne retarda pas d’une minute la majestueuse sortie de nos 13 bâtimens), le beau temps semblait revenu, lorsque, cette nuit, la brise a pris au nord-nord-est, a fraîchi indiscrètement, et nous voici, ma foi ! avec du mauvais temps, une mer qui se tourmente, qui se creuse, qui nous fait tanguer… La plage avant, — trop basse, — est couverte à tous coups, les crêtes de lames battent la tourelle de 340, les embruns montent jusqu’à la passerelle. Tout cela est ennuyeux et d’assez mauvais augure, mais nous marchons, quand même, sans difficulté.

Ce matin, de très bonne heure, ayant doublé le Varne par le nord, nous sommes venus « attaquer » Blancnez et Sangatte, tandis que Grisnez nous restait par la hanche de tribord, enveloppé de brunies. Voici Calais dans le sud-est, Calais et son grand phare, ses trois tours, la gare maritime et les longues jetées. Un pilote vient nous ranger de près. Il sait bien que nous ne le prendrons pas, mais il veut sans doute passer, lui aussi, sa petite revue navale, et il se tient tout droit, l’œil curieux, les mains dans les poches de son suroît luisant, tandis que son cotre saute agilement sur le des îles lames rageuses….

9 heures et demie. Nous sommes au bateau-feu du « Dyck, » à l’entrée de ce bras de mer aux eaux jaunâtres et troubles qui court de l’ouest à l’est entre les bancs de Flandre et la côte ferme, — ferme, oui, mais à cause de ses digues, car elle est si basse !…. — et qui, prenant, à quelques milles d’ici, le nom de rade de Dunkerque, se termine en cul-de-sac à la barrière du Traepeger-bank, juste à la frontière de Belgique.

À 10 heures, le deuxième bateau est dépassé : c’est le Snow, une bonne galiote toute ronde qui, en travers à la houle du nord-nord-ouest, route abominablement. Toutes jumelles dehors et le soleil filtrant un petit à travers la brume, on commence à bien voir Dunkerque, après les clochers et les bouquets de bois de Mardyck et de Saint-Pol.

Dans l’ensemble, même aspect que tout à l’heure, à Calais : un grand phare, de longues jetées, — moins longues cependant que celles de Gravelines, que nous venons de doubler, — deux hauts clochers, l’un équarri au sommet, noirci par le temps : c’est le beffroi, le beffroi au carillon célèbre ; l’autre que termine une longue flèche, où un je ne sais quoi de clair et de luisant dénonce la bâtisse neuve : et en effet c’est l’Hôtel de Ville que