Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/206

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c’était encore l’amour qui remuait ces terres, nivelait ces collines, faisait surgir ces bosquets et ces sources, pour enivrer La Vallière dans les plaisirs de l’Ile enchantée. — L’amour, et l’orgueil blessé : le premier plan du nouveau Versailles fut tracé d’une main colère, au retour de la visite chez le trop fastueux Fouquet ; les premiers orangers transportés à Versailles, — peut-être quelques-uns de ces vieux troncs que nous y voyons, — venaient de l’orangerie de Vaux ; dépouilles arrachées au malheureux qui faisait ainsi les frais de ce palais de la vengeance, édifié pour éclipser son insolente demeure. — Ce fut encore l’amour qui consolida le siège de la monarchie dans Versailles ; l’amour pénitent et tenace, rivé à l’épouse clandestine, et qui trouvait ses commodités dans l’établissement définitif en ce lieu.

La Dame revoit-elle tout ce long passé, depuis l’heure où la veuve Scarron entrait furtivement au palais, y prenait une part timide au triomphe de Mme de Montespan, dans l’éblouissante féerie des nuits de juillet 1668 ? Non : elle ne rêvait pas, elle agissait, force patiente et sourde. Elle pense à la Bulle, au Père Quesnel, aux huguenots. Et peut-être ne pense-t-elle à rien ; peut-être s’ennuie-t-elle, tout simplement, près du royal amant qui s’ennuie, formidablement. — « L’ennui gagnait le Roi chez Mme de Maintenon… » — « Je n’ai que le temps de vous dire que je n’en puis plus, » soupirait-elle le soir à sa nièce Caylus, quand le roi se retirait. L’ennui, la contrainte, voilà ce qui tombe dans cette salle des plis de la robe noire, ce qui glace tous ces visages et fait si lourde cette triste atmosphère du déclin. Mme de Maintenon essaye de contraindre à sa règle sévère ceux du nouveau siècle ; ils n’en veulent plus ; à deux pas d’elle, une dévergondée la nargue.

Regardez, tout à côté, cette petite femme lippue, enveloppée dans une robe de chambre à la religieuse, le front ceint d’un bandeau de nonne, comme pour faire sa cour à la redoutable voisine. Ne vous liez pas à cette pieuse mascarade : c’est la duchesse de Berry, fille de Monsieur, petite-fille de Louis XIV et de Mme de Montespan ; la plus dépravée des femmes de son temps, et dans tous les genres de dépravation. On ne peut pas la calomnier. Dans ce logement qui fut sien, comme à Meudon et à la Muette, ses débordemens scandalisèrent un monde où l’on ne s’étonnait guère. Grossièrement athée, goinfre, ordurière, roulant des bras de Riom dans ceux de tous les aventuriers,