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formes de la migration des âmes, telles qu’elles nous ont été précédemment décrites. Les enseignemens de l’Inde antique, qu’il a facilement recueillis aux sources fécondes de l’érudition germanique, l’ont aussitôt confirmé et encouragé dans cette voie peu banale, et c’est véritablement un étrange spectacle que la renaissance des mythes païens au sein de la culture scientifique du temps présent et du positivisme de la civilisation moderne.

Et d’abord, la confiance dans l’éternité de la matière, ce premier échelon de la métempsycose, qui nous fut signalé, (ont à l’heure, chez Sand et Schopenhauer entre autres, promettant aux corps l’immortalité, sous une forme bien vague et bien peu consolante, il est vrai, mais à laquelle s’attachent néanmoins avec passion ceux qui n’en veulent point accepter d’autre, cette confiance est devenue chez Wagner le fonds permanent de la pensée, l’idée tyrannique et dominatrice qui reparaît dans la contemplation de toutes choses. On trouverait un symbole expressif de cette obsession dans un passage des Nouveaux Poèmes où Oswald nous montre un habitant de la planète Mars, qui, doué de sens dont nous sommes dépourvus, porte à ses lèvres un météorite tombé d’un autre globe, afin d’en reconstituer aussitôt l’histoire détaillée dans toutes ses parties :

« Il y a là-dedans, dit-il au poète, de ta chair et de ton sang, et, si tu veux avoir un instant de patience, je pourrai te lire en ce fragment plus d’une page des existences du passé. »

Toute sa vie, Wagner a été l’émule de ce citoyen du monde planétaire, suppléant de son mieux par une imagination intrépide à l’absence de l’organe qui lui révélerait le passé infini des choses, regrettant maintes fois, qu’ici-bas, l’œil de qui cherche la trace des absens aimés soit comme « recouvert d’une toile d’araignée, » mais percevant, malgré tous les obstacles, dans les êtres qui lui sont sympathiques, quelque survivance de lui-même ou des siens.

Il faut s’arrêter un moment pour éclaircir de notre mieux ces bizarreries. Nous avons dit l’échange perpétuel, le cycle établi non seulement par la mort, mais par la vie même entre le monde animal et le monde végétal ; et d’autres que Wagner ont eu sans doute parfois, au cours d’une promenade à travers quelque campagne familière, l’impression que les objets environnans peuvent contenir quelque chose d’eux-mêmes, sans imaginer, toutefois, que cette vue puisse prêter à la poésie. — Ecoutons