Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/403

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la taille plus menue. Elles contrarient la nature peut-être autant que nos femmes, mais dans un sens opposé. Sous la robe japonaise qui tombe droite, la gorge ni les hanches ne doivent arrêter les yeux. Il sied que les formes féminines s’effacent avec la même modestie que dans le monde lame qui les anime. Leurs vêtemens légers, dont une large ceinture croise à peine du haut en lias les deux bords sans agrafe, les protègent si faiblement que, même sous le petit jupon, leurs pieds tournés en dedans sont obligés de marcher sans se détacher du sol. Leur pudeur dépend ainsi d’une mesure exquise des mouvemens et des gestes, par suite, d’une possession complète de soi-même. Il y a là, comme dans l’habileté de ses artistes, un côté d’adresse toute physique qui procure au peuple japonais, amoureux des tours de force, une secrète jouissance. Leurs belles robes sont bordées d’un gros bourrelet de soie qui les évase et donne à leur silhouette la forme d’une coupe renversée ou d’une vapeur qui monte. A chaque pas qu’elles font, il se déroule, serpente, zigzague : symbole de la fantaisie japonaise toujours ondoyante et toujours terre à terre. Et vous la retrouvez encore, cette fantaisie, mais avec son caractère de pittoresque tourmenté, dans le nœud de la ceinture dont la bosse massive, comme un fruit trop lourd, s’épanouit sur leur dos.

Pas plus que leur costume, leur figure ne doit trahir de sensualité. Dans le type de beauté que les Japonais ont conçu, chaque trait prend une signification artistique ou morale. Le visage de la femme rêvée est une façon de jardin mystique à la gloire de leur pays. Ils le veulent long et mince et plat autour des yeux, afin que l’expression en soit plus douce. Les sourcils très hauts, à peine indiqués, en accentueront encore la douceur attentive et soumise. Le nez, un peu bas à sa racine, s’amincit d’une courbe élégante ; et qui se refuse aux sensations trop vives. Les lèvres petites, pleines et rouges, dans leur éternelle ignorance du baiser, luiront de l’innocent éclat des cerises japonaises qui ne mûrissent que pour le plaisir des yeux. Le teint clair a la transparence de ces ivoires où le Japon cisela tant de jolies merveilles. Le cou qui s’incline et s’allonge, un vrai cou de cygne, s’harmonisera, dans leur vision des choses, avec le joug onduleux des collines sur l’horizon. Et sous ses coques de cheveux noirs aussi brillans que les laques des temples, le front élevé, mais plus large à la base, va se rétrécissant comme l’auguste et blanche pyramide du mont Fuji.