Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/963

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auquel on s’arrête, et de quelque manière qu’on le déguise, c’est un emprunt. M. le ministre des Finances empruntera 44 millions à la dette flottante ; mais la dette flottante est une dette. Il se flatte d’avoir échappé par ce moyen à la triste obligation de créer un compte spécial, c’est-à-dire de porter atteinte à l’unité du budget, pour laquelle U professe le plus profond respect. On voit qu’il en est un peu de l’unité du budget comme de son équilibre ; il y en a de diverses sortes suivant les circonstances. M. le ministre a bien voulu reconnaître qu’en mettant les garanties d’intérêt hors du budget, il avait recours à un expédient : nous ajouterons que l’expédient est dangereux. Il ne suffit pas de dire, pour l’excuser, qu’il a été employé souvent, et c’est cependant ce qu’a fait M. Caillaux. Il ne suffît pas non plus de dire, avec M. le rapporteur général, que, si c’est un mal, c’est le moindre possible, puisqu’il ne s’agit en somme que d’une avance ou d’un prêt portant intérêt. M. Merlou ne doute pas que les budgets de l’avenir profiteront des remboursemens faits par les compagnies ; mais, outre que l’avantage éventuel qu’y rencontreront ces budgets ne diminuera pas l’inconvénient pour celui de l’année prochaine, les remboursemens des compagnies de chemins de fer, étant données les dépenses nouvelles qu’on leur impose, s’éloignent de plus en plus. Avec la législature actuelle, et ce n’est pas à son honneur, s’ouvre donc une quatrième période de notre histoire financière : elle se caractérise par le déficit, et par un retour timide, embarrassé, inavoué, mais certain, aux mauvais erremens du passé.

Comment en est-on venu là ? Il va sans dii’e que c’est par l’augmentation incessante et progressive des dépenses. Que quelques-unes de ces dépenses soient justifiées, nous ne le contestons pas. Il faut y compter pour un chiffre considérable les dépenses mihtaires auxquelles nous avons pourvu un peu à la hâte dans un moment où la paix semblait en danger. Mais un gouvernement prévoyant, — et nous n’en séparons pas le parlement, — doit toujours regarder ces éventuaUtés comme possibles, et conserver au budget une élasticité suffisante pour y faire face. Or, cette élasticité n’existe pas aujourd’hui : nous sommes au bout de nos ressources, et, si des nécessités nouvelles et impérieuses se présentent et s’imposent, il faudra créer d’autres ressources pour y faire face. Malgré ce que cette situation a de sérieux, les têtes restent pleines de chimères, et de chimères d’autant plus coûteuses qu’elles viennent toutes de la conception de l’État considéré comme une providence chargée de subvenir à tous nos besoins. « L’avenir, a dit M. Ribot en terminant son discours,