Page:Revue des Deux Mondes - 1902 - tome 11.djvu/40

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crime ; car je vous proteste qu’il n’en est rien, que les choses ne sont pas en cet état, et que, quand elles y seraient, je n’écouterais jamais aucune proposition d’accommodement, non seulement sans y ménager vos intérêts et votre satisfaction, mais même sans votre consentement et votre participation. Vous connaîtrez cette vérité dans toute ma conduite, et pas une de mes actions ne démentira jamais les paroles que je vous donne, quand vous auriez mis en oubli tous ces bons sentimens que vous aviez lorsque vous vîntes voir notre armée [1], qui est une chose que je ne puis me persuader d’une personne faite comme vous et qui a la générosité que vous avez.

« J’ai su que vous étiez venue jusqu’à Lésigny, et que, la Cour l’ayant trouvé mauvais, vous y aviez reçu des ordres pour vous en retourner, de quoi j’ai eu beaucoup de déplaisir… »

Mademoiselle n’attendait plus qu’un prétexte honnête pour tirer son épingle du jeu. Sa brouille avec son père le lui fournit. Elle pria aussitôt Condé de ne plus lui écrire. — « Il faut se rendre, lui disait-elle, et… si je trouvais à pouvoir, avec honneur et sans faire de bassesse, prendre des mesures avec le cardinal Mazarin, je le ferais pour me tirer des persécutions de Son Altesse royale. » Quelques jours plus tard, le comte de Béthune transmettait au cardinal les ouvertures de paix de la Grande Mademoiselle. Mazarin désira des gages. Elle rappela ses compagnies de l’armée espagnole, sur quoi M. le Prince, sans aucun ménagement, « garda les soldats et mit le chef en prison [2]. » Mademoiselle eut beau crier : — « J’ai été sept ou huit ans, écrivait Condé à l’un de ses agens, sans avoir les bonnes grâces de Mademoiselle ; je les ai possédées depuis ; et si par un caprice elle veut me les faire perdre, il faudra bien s’y résoudre, comme je fais, sans m’en désespérer [3]. » C’est d’un homme libéré plutôt que chagriné.

Ainsi avortaient, l’une après l’autre, les menaces dirigées par la Fronde contre la royauté. Le projet d’alliance entre les deux branches cadettes de la maison de Bourbon avait été inspiré à Mademoiselle par l’envie qu’elle avait de se marier. Il s’était trouvé si dangereux pour le trône, que peu d’idées, parmi toutes

  1. Allusion à la visite de Mademoiselle au quartier général de Condé, à Grosbois, le 16 septembre 1652, et aux hommages qu’elle y reçut. — Voyez la Jeunesse de la Grande Mademoiselle, 327-328.
  2. Histoire des princes de la maison de Condé.
  3. Lettre du 10 août 1657 au comte d’Auteuil.