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celles qui vinrent aux meneurs de la révolution, causèrent autant de souci au cardinal Mazarin. On se rappelle qu’il aurait été tout prêt, pour remettre la division entre les branches cadettes, à marier le petit Louis XIV à sa grande cousine. Rassuré enfin par les promesses de Mademoiselle, qui s’engagea à ne plus avoir aucun commerce avec M. le Prince, Mazarin eut de la peine à surmonter sa rancune, et il lui fit attendre la récompense de sa soumission.


VIII

En général, Mazarin s’était montré facile avec les Frondeurs repentis. Le prince de Conti avait été fêté au Louvre dès 1654. Il est vrai qu’il acceptait d’épouser une nièce de Mazarin, Anne-Marie Martinozzi, condition qui lui fit du tort dans le public : — « Ce mariage, écrivait André d’Ormesson [1], est une des plus grandes marques de l’inconstance des affaires humaines et de la légèreté des esprits français que l’on ait vues de notre temps. » Après Conti, un autre prince, Monsieur en personne, tout confit qu’il fût en paresse et en dévotion, se remua pour revenir à la Cour. L’accord se conclut à des conditions qui n’avaient rien de dur, ou d’inusité, pour un Gaston d’Orléans : il ne lui en coûta que d’abandonner quelques derniers amis. A la vérité, il reçut peu de chose en échange. Lorsqu’il venait « saluer le roi, » chacun lui faisait sentir qu’il était déjà « au rang des morts, » selon l’expression de Mme de Motteville. L’humeur qu’il en éprouvait le faisait repartir au plus vite pour Blois, et c’était ce qu’on voulait. Son accommodement profita surtout à ses gens d’affaires. Ils en eurent plus d’autorité pour harceler Mademoiselle, et ne lui laissèrent ni trêve ni repos. Leur but était de lui faire exécuter la transaction signée à Orléans, mais elle leur tenait tête, sans conseil et sans secrétaire.

Elle suffisait seule à un labeur énorme, dont ses comptes de tutelle n’étaient qu’un chapitre, et non le plus considérable. L’administration de ses immenses domaines était retombée tout entière sur elle. C’était à présent Mademoiselle qui ouvrait les monceaux de lettres provenant de ses régisseurs, contrôleurs,

  1. . André d’Ormesson mourut en 1665, doyen du Conseil d’État. Quelques fragmens de ses Mémoires ont été publiés par Chéruel à la suite du Journal de son fils, Olivier d’Ormesson.