Page:Revue des Deux Mondes - 1902 - tome 11.djvu/46

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


bien pour Mademoiselle, et ils eurent de quoi flatter sa vanité. Le commandant de l’escorte lui demandait l’ordre. Quand elle paraissait, les troupes la saluaient militairement. Un régiment que l’on rencontra sur la route sollicita l’honneur de lui être présenté. Elle l’examina de près, en princesse guerrière qui s’y connaissait et dont le grand Gondé avait dit un jour, à propos d’un mouvement de troupes, que « Gustave-Adolphe n’aurait pas mieux fait. »

Certaine halte sur l’herbe, dans une prairie où passait un ruisseau, lui laissa d’inoubliables souvenirs. Mademoiselle offrait à dîner, ce jour-là, à toute l’escorte et presque tout le convoi. Le coup d’œil de la prairie, avec son fourmillement d’uniformes et de chevaux, lui rappela les campagnes de son beau temps d’héroïne. — « Les trompettes sonnèrent pendant mon dîner ; cela avait tout à fait l’air d’une vraie marche d’armée. » Elle arriva à Sedan grisée par les spectacles militaires de la route, et son entrée s’en ressentit ; on aurait eu le droit de ne pas la trouver assez modeste pour une exilée de la veille. La reine Anne d’Autriche, étant à se promener, vit paraître un carrosse au grand galop et entouré d’un tourbillon de cavalerie : — « J’arrivai dans cette prairie à toute bride avec ces gendarmes et ces chevau-légers, leurs trompettes sonnant d’une manière assez triomphante. » Toute la cour de France reconnut la Grande Mademoiselle avant de l’avoir vue. L’exil ne l’avait pas changée, et son entrée lui ressemblait.


ARVEDE BARINE.