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LES DEUX VIES

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DERNIÈRE PARTIE [1]

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I

Mme Favié, depuis une semaine, restait sous le coup qui les frappait. Elle avait condamné sa porte à tout le monde ; le visage des amis les plus familiers l’importunait. Leur impuissance lui inspirait un doute, fait d’ironie et d’amertume, sur leur amitié même : quoi ? pas un qui tentât de les sauver ! — comment, elle ne savait, rêvait de dévouemens chevaleresques, impossibles. Être plainte ne la consolait pas, l’irritait plutôt. Elle aimait trop sa fille pour ne pas percevoir dans leur entourage des nuances de blâme, des silences, des réticences, les : « Si vous aviez suivi mes conseils... » les : « Je l’avais bien dit !... » Qu’on les laissât souffrir ! c’est tout ce qu’elle demandait.

Elle assistait au triomphe de l’ennemi, se représentait la joie diabolique de Fernand, la satisfaction contenue de la mère. Les faux bruits allaient courir, couraient déjà : les Lurat assurant que Francine retournait chez son mari, ajoutant : « Comme on est méchant ! Ne disait-on pas qu’Eparvié était un assidu de la maison ? » Elle surprenait en imagination des sourires perfides, ulcérée par l’opinion de ce monde qu’elle méprisait pourtant. En vain se redressait-elle : elle aussi ne pouvait s’empêcher de

  1. Voyez la Revue des 1er et 15 août, 1er et 15 septembre.