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Femmes russes


D’après ce que l’on sait des différences fondamentales qui existent entre deux pays situés aux antipodes pour ainsi dire l’an de l’autre, dans le domaine de la civilisation, celui-là étant le berceau de la liberté, celui-ci la forteresse de l’absolutisme, il peut sembler étrange que cette rêveuse et mystique Russie m’ait rappelé si souvent, au cours de mon récent voyage, la positive Amérique. C’est qu’elles ont en effet plus d’un trait en commun : d’abord toutes les deux représentent l’avenir, — déjà presque réalisé dans le présent aux Etats-Unis avec ses qualités bonnes et mauvaises ; en formation à peine ébauchée au contraire, mais d’autant plus grandiose là-bas, du côté de l’Orient, où l’aube moderne se lève incertaine, à travers les ténèbres héritées directement du moyen âge et les clartés étrangères empruntées à notre XVIIIe siècle. Considérées au point de vue physique, la Prairie et la Steppe sont sœurs. Sur d’immenses étendues absolument vides de détails, les chemins de fer en construction offrent les mêmes aspects de campement désordonné, précurseurs de l’irruption du progrès. Dans plus d’une grande ville on retrouve le village primitif, la chaumière ou la cabane de bois brut subsistant encore près du palais, autour d’une université ou d’une école de technologie.

Socialement, certains contrastes s’affirment, cela va sans dire : l’aristocratie russe, toute hiérarchique, est autre chose qu’une aristocratie d’argent, si elle ne ressemble pourtant pas aux vieilles noblesses héréditaires du reste de l’Europe ; mais en