Page:Revue des Deux Mondes - 1902 - tome 11.djvu/962

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moment actuel pour proclamer la grève générale. La diminution de salaire dont nous avons parlé, et qui a été le principal motif invoqué par les mineurs de Nord, n’est pas un fait nouveau : il date de plusieurs mois. Le surplus des revendications ouvrières est encore plus ancien. On peut dire, à la vérité, que c’est pour ce motif que les ouvriers ont perdu patience : mais il y a des motifs pour qu’ils l’aient perdue précisément aujourd’hui. Ils viennent du dedans et du dehors. La proximité de l’hiver, qui rend le charbon de plus en plus indispensable, en est un ; la prochaine rentrée du parlement en est un autre. Le gouvernement avait annoncé qu’il allait inviter la Chambre à discuter les demandes d’autorisation des congrégations religieuses : s’il a cru apaiser par là les impatiences des ouvriers, il s’est trompé. La question des congrégations laisse les ouvriers tout à fait indifférens : le moindre grain de mil fait beaucoup mieux leur affaire. Quand M. Combes a dévoré une congrégation ou deux, ils ne se sentent pas rassasiés : ce sont là des goûts et des festins de bourgeois ! Les ouvriers, plus pratiques, ont voulu influer sur l’ordre du jour que les deux Chambres auront à régler le jour de leur rentrée : si les lois sociales n’y figurent pas en bon rang, ce sera pour eux un grief de plus.

Les motifs d’opportunité que les ouvriers ont trouvés au dehors sont tirés de la grève des mineurs américains, qui dure déjà depuis quelque temps et qui ne paraît pas encore sur le point de finir. Nous aurions voulu donner des détails sur cette grève ; elle a présenté des phénomènes économiques et politiques très intéressans ; mais la nôtre a absorbé aujourd’hui toute notre attention. Nous aurions aimé à montrer M. le président Roosevelt intervenant avec une générosité tout impulsive entre ouvriers et patrons, leur conseillant la conciliation, essayant même de la leur imposer, et se chargeant de tout régler à la satisfaction générale, pourvu seulement que les ouvriers consentissent à reprendre le travail et les compagnies à remettre leurs intérêts entre ses mains. Cette initiative est tout à fait suivant le cœur de nos socialistes français : ils n’auraient pas manqué de la conseillera M. Loubet, si elle avait réussi à M. Roosevelt. Par malheur, elle a échoué jusqu’ici assez piteusement. Les compagnies se sont plaintes avec amertume que le Président se mêlât de ce qui ne le regardait pas, et les ouvriers ont énergiquement refusé de reprendre le travail. Les bonnes intentions de M. Roosevelt ont été reconnues, mais peu appréciées ; et il en sera ainsi neuf fois sur dix, lorsque le gouvernement voudra s’immiscer dans des conflits qui ne sont pas de